1892 - La première finale

mercredi 13 mai 2020 par Jean-Luc

Forum de discussion en bas de page.

En 1892, le Racing a dix ans et le Stade français, son cadet, en a neuf… Pour les deux clubs, 1892 est une grande année : ils participent au premier championnat de France de rugby, plus exactement le premier championnat interclubs pour des associations non scolaires. Il n’y a que deux clubs en compétition...
Les plaquages sont appelés « arrêts ». Victoire du Racing avec 1 essai de Pallissaux (1 point), 1 transformation de Gaspar de Candamo (2 points), 1 tenu en but de Reichel (1 point) sur le Stade français (1 essai de Louis Dedet, 1 transformation de Dobrée).
Offert par le baron de Coubertin secrétaire de l’USFSA (ancêtre de la FFR), le bouclier de Brennus est remis pour la première fois au Racing, 1er champion de France de l’histoire.
L’année suivante, c’est le Stade français qui l’emportera. Ces Parisiens qui dominent les premières années du rugby seront peu à peu rejoins par d’autres clubs : l’Olympique, le Stade Bordelais, le Toulousain…

LA REVUE DES SPORTS – 26 mars 1892

FOOT-BALL
Dimanche 17 mars
Équipe du Racing-Club : Capitaine : C. de Candamo ; arrières : J. S. Thorndike, Duchamps ; trois-quarts : Wiet, C. de Candamo, G. de Candamo ; demis : F. Reichel, Feyerick ; avants : H. Moitessier, A. de Pallissaux, d’Este, Sienkiewiez, Blanchet, R. Cavally, C. Thorndike, L. Pujol.

Équipe du Stade Français : Capitaine : C. Heywood ; arrière : Venot ; trois-quarts : Munier, Pauly, de Pourtalès ; demis : Dobrée, Amand, de Joannis ; avants : Heywood, Herbet, Puaux, Braddon, L. Dedet, P. Dedet, Saint-Chaffray, Garcet.

Arbitre : M. P. de Coubertin ; arbitres de touche : MM. J. Marcadet et Raymond.

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La Revue des sports - 26-03-1892
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Ce grand événement attendu depuis longtemps avec impatience avait attiré à la pelouse de Bagatelle une foule énorme de spectateurs.
Un temps splendide, quoiqu’un peu chaud pour les équipiers, favorisait encore cette réunion athlétique.
Généralement, - presqu’unanimement, pourrait-on dire, on s’attendait à la victoire du Stade ; la défaite de ce club a donc fortement étonné. En fait, les Racingmen se sont surpassés : ils ont joué beaucoup mieux que leurs adversaires.
Ils avaient plus d’ensemble, plus d’entrain et même plus de science que les stadistes et ils ont été, la plupart du temps, maîtres du ballon.
Cependant, malgré un jeu décousu, individuel, jeu tout à fait anormal et qui, peut-être, s’explique par l’indisposition de son capitaine, peu en train, ce jour-là, on pourrait même dire malade, le Stade n’a été battu, leurs adversaires l’avouent eux-mêmes, que par un coup de surprise.
Les Racingmen ont surtout attaqué, les Stadistes se sont tenus, malheureusement pour eux, sur la défensive, mais une défensive si forte que pas un ennemi n’a passé la ligne des avants.
Ce sont des coups de pied qui ont amené le ballon jusqu’aux trois quarts, et c’est l’insuffisance des trois-quarts qui s’est surtout révélée.
Munier a été admirable ; mais Pauly et de Pourtalès, malgré quelques belles courses et un ou deux bons arrêts ont manqué de la vivacité de la sûreté nécessaire pour ramasser le ballon et profiter des quelques instants très courts, il est vrai, que mettaient les avants adverses à arriver jusqu’à eux.
Les avants du Racing, très vifs, au contraire, et très bons coureurs, suivaient admirablement leur ballon, et les trois quarts le prenaient fort bien, peu gênés qu’ils étaient par les charges un peu lentes des assaillants stadistes.
On peut dire, en résumé, que le Racing a tenu, le Stade en respect surtout en le gagnant de vitesse, et que malgré la bonne résistance de celui-ci, un coup de surprise l’a perdu.

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Passons maintenant au détail de la partie :
Le Racing-Club donne le coup d’envoi, le ballon va jusqu’au trois-quarts du Stade. Pauly et Pourtalès commencent par se gêner et perdent un temps précieux ; les avants du Racing en profitent, une charge rapide leur fait gagner un terrain énorme.
Le Stade étonné d’une vivacité et d’une ardeur à laquelle il ne s’attendait peut-être pas, résiste mollement d’abord, son camp est plusieurs fois en danger. Peu à peu, cependant, ses équipiers reprennent leur assurance, avancent pas à pas, par un jeu trop défensif et trop individuel mais serré et dur.
Dans les mêlées fermées, cependant, les avants du Racing beaucoup plus lourds ont l’avantage ; dans les mêlées ouvertes, au contraire, les stadistes, ayant plus de science, l’emportent.
Un coup franc accordé pour une faute dans la mêlée finit de dégager le camp du Stade ; le ballon recule peu à peu jusque dans les vingt-deux mètres ennemis. A remarquer dans cette première partie du jeu qui a duré environ 20 minutes, au Racing : MM. Pujol, Cavally, Feyerick ; au Stade : MM. Heywood, Dobrée, Herbet, Puaux, Amand, Garcet, Herbet et Venot.

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La Revue des sports - 26-03-1892
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Dans les vingt-deux mètres du Racing, une lutte très vive s’engage ; les trois-quarts et les arrières du Club sont obligés d’intervenir sans pouvoir dégager leur camp ; Cavally, J.-S. Thorndike, Pallissaux, Reichel, Wiet et Duchamps tentent en vain de s’échapper.
C’est le moment où le Stade joue le mieux et ses avants sont un mur infranchissable. Une série de mêlées porte le ballon sur la ligne même de but du Racing, un coup de pied l’y fait pénétrer ; L. Dedet se précipite pour le toucher et fait un essai que Dobrée transforme en but par un bon coup de pied.
Malgré le coup d’envoi donné par le Racing pour engager de nouveau la partie, le Stade reprend l’avantage. Après quelques instants de lutte dans les vingt-deux mètres, de son camp, Dobrée part comme une flèche et arrive jusqu’à l’arrière du Racing.

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Malheureusement, des cris nombreux de « faute » s’élèvent et le font hésiter. Duchamps en profite pour arriver sur lui au plus vite et Dobrée manque ainsi un essai assuré.
Il a du moins gagné plus de soixante mètres de terrain. Les stadistes gardent l’avantage jusqu’à la mi-temps.
A la mi-temps, la victoire du Stade semble assurée ; ses équipiers très entraînés ne sentent pas la fatigue ; les trois points qu’ils ont leur donne bon courage. Les racingmen au contraire paraissent un peu abattus. Heureusement pour eux cet accès de découragement ne doit pas durer.
Tout à l’heure, comme au commencement, ils étonnent les stadistes par leur entrain et leur endurance.
La partie recommence par un coup d’envoi de Dobré. Le Stade se maintient quelque temps dans les vingt-deux mètres de ses adversaires mais finit par reculer. Les racingmen jouent avec beaucoup d’ensemble, se dépensent sans compter. Reichel et C.Thorndike commencent à faire des trouées ; les stadistes, peut-être trop confiants, n’arrêtent même plus aussi bien que tout à l’heure.
Les frères Candamo et Wiet font des passes admirables et gagnent du terrain. A remarquer au Stade cependant de belles courses de Dobré qui a été admirable constamment, une course de P. de Pourtalès, et une course superbe, la plus belle sans conteste de toute la partie, d’Amand qui traversant les lignes ennemies arrive jusqu’à l’arrière.
Malheureusement, il ne voit pas que Pourtalès l’a suivi fort bien et ne passant pas le ballon au moment précis ne retire pas de sa course tout l’avantage qu’on en pouvait attendre.

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Tout à coup un grand coup de pied envoie le ballon dans le camp du Stade, Venot se précipite pour le toucher, Pallissaux s’élance à sa suite, loin derrière, par acquit de conscience. Mais, à la surprise générale, il fait toucher le ballon après Venot qui a glissé et l’arbitre lui accorde, un peu précipitamment peut-être et sans plus ample information, un essai plus que contestable, de l’avis même de celui qui l’a fait. L’essai est tout contre la touche, à deux mètres à peine et il y a bien peu d’espoir que le but se fasse. Cependant, par un coup de pied véritablement splendide et applaudi à tout rompre, C. de Candamo donne deux points de plus à son équipe.
Racingmen et Stadistes ont le même nombre de points ; mais les derniers un peu interloqués par ce revers inattendu et véritablement surprenant, se découragent ; leur capitaine qui ne les a pas si bien en main que d’habitude, ne peut les remonter. Ils commencent à résister mollement.
En avant, Herbet, Garcet et Dedet travaillent seuls avec une véritable ardeur. Dobré, Amand, Munier et Venot les soutiennent, il est vrai, héroïquement. Ces deux derniers arrêtent un nombre incalculable de fois les passes dangereuses des deux Candamo, qui appuient les courses de Wiet.
Ces courses et une série de mêlées amènent le ballon sur la même ligne de but du Stade. Amand y fait avec Reichel un tenu qui donne un point au Racing.
Il ne reste plus que quelques minutes. Le Stade, désespéré, les emploie bien et ramène vivement le ballon. Un coup franc lui est accordé par l’arbitre, juste entre les deux poteaux mais à presque cinquante mètres de distance. Dobré veut tenter cependant la fortune, et, par un coup de pied où il met toute son âme, enlève le ballon d’une façon fantastique. Des applaudissements frénétiques éclatent. Malheureusement pour le Stade, le ballon dévie un peu et passe à un mètre à peine des poteaux.
C’est la fin. Le sifflet de l’arbitre arrête la partie et proclame le Racing vainqueur par quatre points contre trois.


Match entre les équipes juniors de l’A.S. du Lycée Henri IV et du S.A. du Lycée Voltaire. L’équipe de Voltaire arrive par un coup d’envoi dans le 22 mètres de l’équipe d’Henri IV, capitaine Ben-Aïad. Par les charges de Moreau et de Chartron, Henri IV reprend l’offensive et se cantonne dans les 22 mètres de Voltaire. Guiare soutenu par Laquillet, Ben-Aïad et Laroze, fait un essai qui n’est pas converti en but. Aucun autre avantage de part et d’autre jusqu’à la mi-temps. Voltaire menace alors très sérieusement Henri IV. Roussillon allait faire un essai quand il est poussé en touche de but par P. Da Silva. Sur une faute d’Henri IV, un coup franc est donné à Voltaire sans résultat. Hemi. IV attaque vivement et sur une faute de Voltaire un coup franc est accordé à Henri IV qui le transforme en but, grâce à un superbe coup de pied par P. Da Silva. La partie se termine par la victoire d’Henri IV sur Voltaire, par 3 à 0. Parmi les meilleurs joueurs de Voltaire : Kissel, Roussillon, Richard, Le Fant et pour les coups de pied Bac ; à Henri IV, Da Silva, Guiard, Moreau, Laquillet et Roussillon.
C’est sur les instances de la commission de foot-ball que M. de Coubertin est revenu sur sa décision et a consenti à arbitrer dans le championnat interclubs.
Le match inter-club ne met pas fin à la saison de foot-ball. Prochainement, aura lieu une partie entre les équipiers du Racing et du Stade n’ayant pas pris part au Championnat. Les équipiers désirant faire partie de ce match feront donc bien de continuer leur entraînement. En outre, il est fort probable qu’une équipe viendra d’Angleterre lutter contre le Stade français, aux vacances de Pâques ; nous avons donc encore plusieurs parties intéressantes à l’horizon.
Après le championnat interclubs, un punch offert par le Racing-Club a réuni vainqueurs et vaincus. Après quelques paroles des deux capitaines remerciant l’arbitre, et se donnant rendez-vous à l’an prochain, M. de Coubertin a dans une courte allocution du genre de celles qui lui sont familières fait l’éloge des 2 équipes, et dit combien, dans son cœur, la lutte était disputée entre le Stade et le Racing ; c’était un match dans lequel il ne saurait donner de points de préférence et dans lequel il ne saurait y avoir de vainqueur. La réunion s’est terminée cordialement aux cris de vive l’Union.
Quelle moralité devons-nous tirer du championnat de foot-ball ; au point de vue du sport, et du foot-ball en particulier, la victoire du Racing est une bonne chose. La défaite du Stade ne compromet en rien l’avenir du jeu dans ce club ; la défaite lui sera un enseignement dont il saura tirer des fruits. Si le Racing eut été vaincu, le contraire eut pu être à craindre. Devant une supériorité trop de fois affirmée de son rival, le Racing eut peut-être délaissé ce jeu qui lui causait bien des déboires, alors que les autres branches du sport lui faisaient acquérir une légitime renommée. Sa victoire va lui donner un stimulant nouveau pour la saison prochaine. Réjouissons-nous-en ; c’est en effet l’égalité des forces et la rivalité courtoise des deux clubs, qui a fait la vitalité de l’Union, et c’est d’elles que nous devons attendre les progrès qui nous rendront un jour assez forts pour affronter avec confiance les équipes d’outre-mer.

LES SPORTS ATHLÉTIQUES – 26 mars 1892

FOOTBALL

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Les Sports Athlétiques - 26-03-1892
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PREMIER CHAMPIONNAT INTERCLUBS
Dimanche 20 mars 1892

Composition des Équipes.
Équipe du Racing-Club : Capitaine : C. de Candamo ; Arrières : J.S. Thorndike, Duchamp ; Trois-quarts : Wiet, C. de Candamo ; G. de Candamo : Demis : F. Reichel, J. Feyerick. Avants : H. Moitessier, A. de Pallissaux, d’Este, Sienkiewicz, P. Blanchet, R. Cavally, C. Thorndike, L. Pujol.
Équipe du Stade français : Capitaine : Heywood. Arrière : Venot. Trois-quarts : Panly, Munier, de Pourtlès. Demis : Amand, Dobrée. Avants : Heywood, Herbet, Puaux, Braddon, P. Dedet, Saint-Chaffray, Garcet, de Joannis, L. Dedet.
Juge arbitre : M. de Coubertin.
Arbitres : MM. Raymond et Marcadet.

Le premier championnat interclubs de football.
Une foule considérable que l’on peut évaluer à deux mille personnes se pressait dimanche autour de la pelouse de Bagatelle pour assister à la grande lutte entre les deux équipes du Racing-Club de France et du Stade-Français. On voyait là tous ceux qui de près ou de loin s’intéressent aux deux clubs rivaux et à l’Union. C’est bien un bon signe pour l’avenir du football en France que cet intérêt croissant et de plus en plus éclairé que prend à nos matchs ce public d’élite. Nous avons été surpris d’entendre diverses personnes que nous aurions fortement soupçonnées de ne pas comprendre grand’chose au jeu émettre les critiques les plus sensées sur les fautes commises de part et d’autre. Et comme d’ailleurs, malgré notre légitime satisfaction à constater les progrès accomplis, ce que nous désirons tous, c’est de perfectionner encore nos équipes, ces critiques occuperont une certaine place dans les quelques réflexions que nous présentons aujourd’hui à nos lecteurs sur ce match important.

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Le baron Pierre de Coubertin
(1863-1937)

Et d’abord il a semblé que les équipes n’étaient pas suffisamment tenues en main par leurs capitaines. La conduite de la partie était laissée un peu trop au hasard et le jeu des équipes s’en ressentait. Nous devons ajouter que les Racingmen plus habitués peut-être à faire preuve d’initiative personnelle, ont moins souffert de cet état de choses que les Stadistes, auxquels a beaucoup manqué la direction généralement plus ferme de leur capitaine. Dès le commencement de la partie les qualités et les défauts des deux équipes se sont fait sentir très clairement. Du côté du R. C. une grande vivacité d’attaque qui a tout à fait surpris leurs adversaires et a bien failli dans les cinq premières minutes leur valoir un essai. Pendant toute la partie d’ailleurs la vitesse supérieure des Racingmen leur a été du plus grand secours. Et si nous ajoutons à cette précieuse qualité une réelle science de la manière de disposer les avants « en échelon » pour les passer-ballon, nous n’aurons pas de peine à comprendre que les Stadistes se soient vus obligés dès le début de jouer un jeu défensif qui ne leur est pas habituel. Cette nécessité a beaucoup contribué à les dérouter, tout en leur permettant à eux aussi de montrer les qualités particulières qui les distinguent, une grande sûreté d’arrêt et une certaine habileté à intercepter les « passes » de leurs adversaires. C’est ainsi qu’ils regagnaient peu à peu le terrain conquis par les belles courses des deux Candamo et de Wiet qui ont fait, comme trois-quarts, de vraiment bonne besogne. Il est toujours délicat de citer des noms lorsque tout le monde a bien joué. Il nous semble cependant que du côté du R. C. ce soit Wiet, Reichel, Pujol et J.-S. Thorndike qui ont surtout paru dangereux aux Stadistes. A une grande vigueur corporelle, Wiet joint une parfaite connaissance des règles, ce qui lui permet de profiter des moindres fautes de l’ennemi. C’est ainsi que nous l’avons vu à un moment donner charger Dobrée qui pour un 22 mètres avait pris le ballon au joueur qui se disposait à faire le coup tombé. Et s’il n’a pas eu la chance de faire un essai pour son camp, il s’en est en revanche fallu de bien peu qu’à deux reprises différentes il n’y réussit. Reichel est toujours le joueur endiablé que nous connaissons tous ; doué d’une grande vitesse et d’un entraînement à toute épreuve, il semble être partout à la fois, arrêtant les uns, chargeant les autres, partant avec le ballon au moment où l’on s’y attend le moins. C’est lui qui en somme a assuré la victoire à son camp par un tenu derrière la ligne de but, en profitant de la faute d’Amand qui au lieu de faire toucher le ballon au plus vite, avait voulu dégager son but par une course. Pujol dans la seconde partie surtout, a été admirable dans les mêlées. Il passait presque à tout coup avec son ballon au beau milieu des Stadistes, et, soutenu par d’Este, Feyerick, Pallissaux ou Sienkiewicz, arrivait comme une trombe sur les trois-quarts du S. F. auxquels il ne donnait pas le temps de se reconnaître, les arrêtant au moment même où il ramassait le ballon, et gagnait ainsi constamment du terrain. Quant à Thorndicke ses charges sont au-dessus de tout éloge. Personne ne se serait douté en voyant l’intrépidité avec laquelle il se jetait sur la ligne d’avants du S. F. qu’il y a un mois à peine il s’était fracturé la clavicule, et qu’il était loin encore d’être parfaitement remis. Il faudrait un volume pour retracer tous les exploits accomplis en cette journée mémorable et nous espérons que personne ne nous en voudra si nous n’avons pu nommer tout le monde. Pour bien apprécier les qualités des Stadistes il aurait mieux valu, évidemment, lutter contre eux qu’à leurs côtés. Quelques noms, cependant, se présentent avant les autres lorsqu’il s’agit de distribuer des éloges détaillés. Dobrée, Amand, Munier, Garcet, L. Dedet, ont surtout contribué d’après nous, à maintenir la lutte égale entre les deux équipes en présence. Dobrée, dont l’éloge n’est plus à faire, s’est trouvé constamment sur le chemin des adversaires pour les arrêter, ou leur enlever le ballon quand ils voulaient le « conduire ». Quoique n’ayant pas une grande vitesse, il a fourni plusieurs courses admirables, dont l’une surtout aurait pu devenir bien dangereuse pour le R.C. si les avants du S.F. persuadés que l’arbitre avait accordé une faute, ne s’étaient pas tous arrêtés, laissant Dobrée partir seul avec le ballon. Amand manque encore un peu d’expérience mais c’est un joueur qui deviendra très redoutable. C’est lui qui a fourni les plus belles courses du côté du S. F. dégageant ainsi plusieurs fois son but menacé. Quant à ses arrêts, ils sont impeccables. Sans qu’on puisse leur reprocher la moindre brutalité ils ont cette particularité de mettre l’adversaire sur le dos avant qu’il ait pu passer le ballon. Garcet est un joueur très élégant et en même temps d’une force peu commune à son âge ; nous l’avons vu par deux fois arrêter les charges de Pujol en l’enlevant de terre pour le faire retomber avec une force qui a même soulevé quelques protestations parmi le public. Il ne doit pas être agréable de lui tomber entre les mains, pas plus d’ailleurs qu’entre celles de son camarade de Buffon, Louis Dedet. Celui-ci a une manière de se jeter à la tête des gens qui a généralement pour résultat de les amener à terre avec une force accrue de tout le poids de l’intrépide équipier. Quant à Munier nous avons entendu dire à un Anglais qui s’y connait : « C’est un mur que ce garçon ; il ne manque jamais son homme ». Ajoutons qu’à deux ou trois reprises il a fourni de belles courses en des moments critiques. Cependant, il lui reste encore à acquérir une plus grande vivacité à ramasser son ballon ; comme nous le disions plus haut, il s’est parfois laissé déconcerter par les rapides charges des avants du R.C.

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Au reste, il est à noter, lorsque deux équipes sensiblement égales sont en présence, que les points se font plutôt par suite de fautes commises par l’équipe perdante que par de vraiment beaux coups réussis par l’équipe gagnante. Rien ne pouvait être plus brillant, par exemple, que les courses avec passer ballon des deux Candamo et de Wiet, ou de Reichel soutenu par tel avant du R.C. Jamais cependant ils n’ont réussi à forcer les arrières du S.F. De même ce ne sont pas les belles courses de Dobrée, de Munier ou d’Amand qui ont valu un essai aux Stadistes. Il semble que l’équipe adverse, en présence de ces grands efforts, se multiplie d’autant plus pour la défense. Non, c’est au moment où l’on s’y attend le moins, où l’imminence du danger se fait le moins sentir, que dans un moment de désarroi, on ne sait trop comment, on s’aperçoit tout à coup que l’on a perdu un point. Voyons d’ailleurs la partie de dimanche.

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D’une façon générale peu de grandes courses, d’avantages marqués d’un camp sur l’autre ; une lutte acharnée pour gagner quelques mètres, aussitôt reperdus ; puis une faute de l’un des camps dont profite l’ennemi. C’est au début de la partie le R.C. qui sur une maladresse des trois-quarts du S. F. gagne un avantage considérable sur ses adversaires. Un peu plus tard Dobrée profite d’un moment d’hésitation de la part des Racingmen, à la suite d’une faute réclamée mais non accordée, pour porter le ballon à l’autre bout du terrain. Puis la lutte reprend égale, jusqu’à ce que sur un « ballon touché dans la mêlée » l’arbitre accorde un coup franc au R. C. tout près de la ligne de but. Le coup de pied est manqué, il y a un instant de désordre, et tout à coup Sienkiewicz, L. Dedet, et Puaux se jettent ensemble sur le ballon qui a pénétré on ne sait trop comment derrière la ligne de but du R. C. L’arbitre accorde l’essai à Dedet, et Dobrée réussit le but. Sur ce découragement momentané du R.C. et jusqu’à la mi-temps les Stadistes maintiennent le ballon bien près du camp ennemi. Après la mi-temps Thorndike est remplacé à l’arrière par Cavally dont il prend la place à l’avant. A partir de ce moment la supériorité du R.C. dans les mêlées devient évidente. Les Stadistes sont constamment enfoncés et leurs trois-quarts ont fort à faire pour dégager le but par des courses répétées. C’est ici aussi que sur un grand coup de pied donné dans le ballon, de Pallissaux part comme une flèche vers le camp du S.F. où il arrive avec un mètre de retard seulement sur Venot. Il se produit une bousculade où l’arrière du S.F. croit avoir touché le ballon le premier, mais l’arbitre n’en juge pas ainsi et l’essai est accordé au R.C. à deux mètres à peine de la ligne de touche du but où le moindre coup de pied de l’arrière aurait fait rouler le ballon sans contestation possible, et sans danger pour son camp. Il est vrai que nous n’aurions pas eu le plaisir d’admirer le coup de pied vraiment merveilleux par lequel G. de Candamo transforme l’essai en un but. A leur tour les Stadistes, voyant leurs adversaires regagner ainsi tout le terrain perdu, mollissent considérablement ; ils se voient repoussés graduellement vers leur ligne de but et à la suite d’une mêlée, le ballon pénètre même dans leur camp où Reichel réussit à faire un tenu avec Amand. La victoire est assurée dès lors au R.C. Il ne reste que deux minutes au S.F. pour regagner un avantage quelconque et c’est ce qu’a bien failli accomplir un beau coup de pied de Dobrée sur un coup franc accordé par l’arbitre. L’instant d’après celui-ci arrête la partie, et proclame le R.C. vainqueur par 4 points contre 3. On se sépare aux cris de : Vive le Racing-Club ! Vive le Stade !
C. HETWOOD

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L’EQUIPE DU RACING-CLUB
Avants
Sienkiewicz. – Est capitaine de l’équipe de Condorcet dans les matchs interscolaires : Fort et lourd, est un bon avant, manque de vitesse et d’énergie. Très précieux dans les mêlées.
C. Thorndike. – A les mêmes défauts que Sienkiewicz mais aussi les mêmes qualités. Le plus jeune équipier, qui a fait très bonne figure aux côtés de ses aînés.
R. Cavally. – Doué d’une force corporelle redoutable et d’une très grande vitesse, est loin d’être le parfait équipier qu’il deviendra avec de l’entraînement. Culbute et arrête dans la perfection.
D’Este. – Très nerveux, très agile et très adroit, connait à fond son jeu d’avant. Ne passe le ballon qu’à coup sûr et fait régulièrement ballon-mort avant l’arrêt inévitable. A été capitaine d’une équipe première des juniors dans un des grands collèges d’Angleterre. Signe particulier : très gracieux.
De Pallissaux. – Très vigoureux et très rapide (c’est lui qui a marqué l’essai du R.C.) joue avec une grande énergie. Charge, arrête et pousse dans les mêlées avec une vigueur renversante.
Moitessier. – Également très rapide, et doué d’une bonne musculature, jette à bas avec une facilité extraordinaire ses adversaires. Remplit avec brio son rôle d’avant, et pratique le dribbling avec succès.
P. Blanchet. – Très vite, suffisamment adroit et très courageux, il ne nuit pas à son équipe, car connaissant sa faiblesse, il passe toujours le ballon à plus fort que lui pour ne pas se laisser enfoncer.
L. Pujol. – Fort, très fort même, très agile, très courageux, très vaillant, joue avec un entrain endiablé. Suit toujours son ballon, bondit sur ses adversaires surpris et troublés d’une telle promptitude. Malheureusement son manque d’entraînement n’a pas permis d’apprécier dans toute leur valeur ses heureuses et brillantes qualités. C’est lui qui a d’un coup de pied envoyé le ballon dans le camp du S.F., et fournit ainsi à de Pallissaux l’occasion de faire un essai. A joué à Hanovre, et en Angleterre et s’est distingué dans les matchs de Football.

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Frantz Reichel
En 1897 au RCF.

Demi Arrières
F. Reichel. – Très rapide, très agile, et d’une adresse remarquable, connait parfaitement son jeu de demi. Montre beaucoup de sang-froid et de présence d’esprit. C’est à lui du reste que le R.C. doit le point qui lui a donné la victoire. A été capitaine en 1890 de l’équipe de Lakanal, et en 1891 de celle du R.C.
Feyerick. – Beaucoup de sang-froid et d’adresse, plus vigoureux qu’il n’y parait, couvre toujours parfaitement la partie de terrain qui lui est confiée. Signe particulier : joue avec une rare élégance.

Trois-Quarts
C. de Candamo. – Capitaine de l’équipe, connait admirablement le jeu en général, et celui de trois-quarts en particulier. Ramasse et passe le ballon avec une vivacité qui n’a d’égale que sa sûreté ; très correct dans son rôle de capitaine ne réclame que les fautes incontestables. A été capitaine en Angleterre d’une équipe première de juniors.
G. de Candamo. – A les mêmes qualités, d’adresse et de vitesse, de sûreté que son frère, avec lequel du reste il s’accorde parfaitement. Très élégant dans tout son jeu, donne le coup de pied avec une précision rare et extraordinaire. C’est lui qui a transformé en but l’essai de Pallissaux par un coup de pied stupéfiant, donné de la ligne de touche.
F. Wiet. – Court et trapu, d’une musculature puissante, excessivement dur à arrêter, passe comme une boule au milieu de ses adversaires, et ramasse le ballon très près de terre. Connait à fond son jeu de trois-quarts, fait de bons arrêts. A été capitaine en 1891 de l’équipe de Lakanal dans les matchs interscolaires.
J. S. Thorndike. – Véritable hercule, d’un sang-froid prodigieux ramasse parfaitement le ballon et charge avec une irrésistible puissance. Est un arrière parfait, ses arrêts donnent à ses co-équipiers une confiance utile. Connait le jeu à fond, et dirige officieusement l’équipe dont il fait partie. En dépit de sa puissance, est doué d’une grande agilité ; a joué avec non moins de science, arrière, trois-quarts, demi, et avant. A été capitaine en Amérique.
Duchamps. – D’une force également peu commune, taillé en taureau, est un arrière d’un calme invraisemblable. Rien ne le démonte, et dans les circonstances les plus graves, ramasse sans trouble le ballon et dégage par un coup de pied puissant son but menacé. Fait des charges redoutables, et ramasse le ballon avec une adresse inouïe. Ne manque jamais ses arrêts. A joué en Angleterre.

- Au Racing-Club il vient d’être décidé par commission de Football, que l’équipe première du Club ne jourrait plus cette année avant octobre. Il est cependant à peu près décidé que l’équipe seconde jouera d’ici une quinzaine un match contre la seconde équipe du S.F. En voici à peu près la composition : Arrière : Bonny ; Trois-Quarts : Collas, Ravidat, Duchamp ; Demis : Roux, Denfert-Rochereau ; Avants : L. Faure, Dujarric, Morange, Mauger, de Candamo, Darceau, Day, Corbesco, Raymond, Créteaux.
- Au Stade Français, les parties d’entraînement du dimanche et du jeudi seront continuées jusqu’à nouvel ordre à la pelouse de Saint-Cloud en vue d’un match probable contre une équipe anglaise. Les membres de l’équipe première sont priés de venir le plus régulièrement possible aider à l’entraînement de l’équipe seconde du Racing-Club. La composition de cette équipe serait la suivante : Dunwody, da Silva, Bose, Ellimberget, Bué, da Silva, Marquet, Bernard, Glatron, Frédéric, d’Aiguy, de Joannis, Laquerrière, Demeuves, Dedet, Roche, Masson, Beaudoire.


Le Punch

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Le bouclier de Brennus (détail)

Très pittoresque l’entrée des deux équipes au Château de Madrid, à l’heure où la jeunesse soi-disant dorée revient des courses, le contraste était frappant : combien les jeunes gommeux paraissaient chétifs auprès de ces vaillants et robustes jeunes hommes qui composaient les équipes du R.C. et S.F. C’est par ces exemples que l’excellence du but poursuivi par l’Union éclate à tous les yeux.
Au punch M.C. de Candamo prend la parole pour féliciter le S.F. de sa vaillante et remarquable défense et remercie M. de Coubertin d’avoir bien voulu se charger des délicates fonctions d’arbitre. M. Heywood répond en quelques mots fort bien dits et remercie M. C. de Candamo et se joint à lui pour remercier M. de Coubertin. Ce dernier, en réponse à ces deux toasts, félicite les deux équipes de leur belle partie et termine en buvant à l’Union. Le splendide challenge dont le R.C. vient de s’assurer la propriété pour un an est offert par M. de Coubertin. Il consiste en un magnifique bouclier damasquiné ; au centre les armes de l’Union deux anneaux entrelacés et la devise Ludus Pro Patria. Monté sur un magnifique cadre de peluche rouge cet objet d’art fait le plus grand honneur à celui qui l’a conçu, nous croyons savoir que l’auteur n’est autre que le dévoué et sympathique secrétaire général de l’Union. »
Pierre CARTIER et C. HEYWOOD

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