1898 - Football in America

par Walter Camp

vendredi 12 juillet 2019 par Jean-Luc

Forum de discussion en bas de page.

Un article de 1898 de Walter CAMP, l’un des pères fondateur du Football américain, qui explique l’apparition du Rugby dans les universités de la côte Est des États-Unis, progressivement transformé en football américain, un sport avec des règles communes à tous les établissements pour les compétitions interuniversitaires.
Voir aussi « American Football », un ouvrage de 1891 par Walter Camp sur les débuts du Football américain.

Introduction de F. Humbert, de Rugby-Pioneers :

Un bref hommage au rugby US et ruggers américains... montrant l’une des premières équipes de rugby à Yale, dans les années 1870... ou apparait Walter Camp, « Father of American Football »...
L’histoire rapporte que le premier match de rugby aux États-Unis eu lieu le 5 mai 1875 entre l’Université d’Harvard et l’Université McGill de Montréal.
Pour être précis, c’était la première partie organisée et jouée entre deux équipes distinctes, car le jeu de rugby était déjà connu et joué avant cette date dans les universités sans compétition ni calendrier.

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Walter CAMP
« Father of American Football »
Capitaine de l’équipe de Yale.
Vers 1878-1879.

Le Rugby fut introduit par un vieux Rugbeian (Mr D.S. Schaff) à Yale en 1871, en compétition avec d’autres anciens jeux de balle locaux. Les Universités de la Côte Est luttaient pour décider du code commun et des règles pour leurs compétitions inter-universitaires : parfois en jouant les règles du « vrai » rugby (instituées en 1845 et 1871), parfois en l’accommodant avec des règles locales, parfois en changeant de code à la mi-temps... Walter Camp et ses amis vont bientôt se débarrasser de toute cette effervescence sur les codes, pour amalgamer toutes les influences et mettre en place le code du football américain tel que nous le connaissons (ou presque)... qui dépassera en popularité le code du rugby jusqu’à ce qu’il resurgisse de nouveau dans les universités de la West Coast dans les années 1910... [1]
L’image intitulée « Uniforme de la première équipe de rugby à Yale », est tirée d’un article de dix pages intitulé « Football in America » écrit par Walter Camp dans le numéro de novembre 1898 du « Frank Leslie’s Popular Monthly ». Cet article richement illustré explique les racines du football américain dans les jeux de balle locaux et rend hommage au code du rugby en tant que contributeur majeur, Camp étant également pionnier du rugby à Yale... d’où l’image de l’équipe de rugby... Il n’y a pas de date pour cette « première équipe de rugby » ... mais je suppose que ce jeune Walter Camp (assis dans la rangée du milieu, troisième à partir de la gauche) était alors un « bizut », c’est-à-dire 1876... D’autres suggestions sont les bienvenues !
Curieusement, une grande partie de cet article (du moins, les photos...) était consacrée à des discussions de « mode » sur les uniformes et les kits de football... Voir les photos des joueurs de football des années 1880 : Peace de Princeton, Frederic Remington et Gill de Yale ...

LE FOOTBALL EN AMÉRIQUE

UNE ÉBAUCHE DE NOTRE SPORT D’AUTOMNE LE PLUS POPULAIRE.
Par Walter Camp.
NOTRE jeu d’automne le plus populaire en Amérique, le football interuniversitaire, vient directement de la Rugby Union anglaise. Alors que le sport de football lui-même est aussi vieux que les collines traditionnelles, la Rugby Union ne fut pas mise en place avant 1871. L’Association anglaise - composée des partisans du dribble, comme on l’appelait à la différence du jeu de course ou jeu de rugby - fut instauré environ huit ans avant la Rugby Union, et c’est à partir de ce moment, 1863, que les deux jeux ont commencé à diverger si largement.

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Le football joué en Angleterre dès le XIIe siècle, un passe-temps rude et sans loi, se scinda en diverses branches, mais c’est dans les écoles publiques, telles que Rugby, Charterhouse, Westminster, Eton et Harrow que le jeu pris des formes séparées s’adaptant chacune à la cour de récréation de l’école qui l’accueillait. C’est de 1850 à 1860 que le renouveau athlétique général en Angleterre fit du football le sport par excellence des mois d’hiver. Le jeu de dribble est devenu plus populaire que celui soutenu par les joueurs de rugby, d’où son adoption précoce par une association avec une composition et un code de lois distincts. Mais les joueurs de rugby suivirent de près et, après une tentative infructueuse des clubs de rugby de Londres pour harmoniser les deux méthodes de jeu, les jeux se séparèrent de plus en plus, et en 1871, à l’instigation des clubs de Richmond et de Blackheath, la Rugby Union fut formée et un code de lois rédigé par MM. A.G. Guillemard, de West Kent, E.H. Ash, de Richmond, et F.G. Currey, des Marlborough Nomads. À la fin de la saison, les membres de la Rugby Union regroupaient trente-trois clubs. Vingt-cinq ans plus tard, l’effectif était de deux cent quatre vingt dix clubs.

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En Amérique, le premier football était une coutume de Thanksgiving consistant à botter une vessie de porc gonflée dans la cour des fermes de la Nouvelle-Angleterre, à la grande joie des plus jeunes membres de la famille et la déconfiture occasionnelle des anciens. Au début des années soixante-dix, les universités ont commencé à se livrer à quelque chose ressemblant au jeu de l’Association anglaise, bien que sous une forme plus grossière. Une lettre de M. Samuel J. Elder, de Boston, l’un des pionniers athlétiques de Yale au base-ball et au football, nous donne une idée de l’avènement du sport dans les universités. Le Schaff mentionné est M. D.S. Schaff, anciennement de la Rugby School, plus tard de la classe de 1973 à Yale, qui a institué des matches inter classe à Yale dès 1871, et dont le résultat du travail a provoqué en octobre 1873, une convention des universités à New York, où Columbia, Princeton, Rutgers et Yale étaient représentés, et un ensemble de règles adoptées.

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Boston, le 15 juillet 1898
Walter Camp, Esq, New Haven, Connecticut :
Mon cher Walter - Trouvez joint s’il vous plaît une copie d’une lettre que je viens de recevoir de Miller, qui fut l’un des premiers joueurs de football à New Haven, et traitant du sujet dont je vous ai parlé il y a deux semaines. Très probablement vous connaissez toutes les données qu’il mentionne, mais, en ’73, il y eu beaucoup le sentiment que la classe n’eut pas le mérite d’avoir initié le jeu et suscité l’enthousiasme qui a ensuite pris forme entre vos mains et celles de vos lieutenants, dans le jeu actuel à Yale.
Je pense que Miller est dans l’erreur en pensant que le commentaire sur lui et moi dans le New York Times était suite au match de Columbia. Je me souviens que j’étais blessé et que je n’avais pas joué cette partie, même si je me souviens avoir été très content du compliment lui-même - après un match difficile. Quand on pense aux tartines écrites sur les joueurs à l’heure actuelle, il est amusant de penser que les journaux se sont contentés de si peu alors.
(Signé) Samuel J. Elder
Williston, Vermont, le 14 juillet 1898.

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Uniforme de la première équipe de Rugby à Yale
Vers 1876.
Walter CAMP est le 3e assis au 2e rang en partant de la gauche.

M. S. J. Elder, Boston, Massachusetts :
Cher Sam, j’ai eu peu d’occasions jusqu’à présent de répondre à votre souhait et d’écrire le peu que je sache sur l’essor du football à Yale. Vous et McCook pouvez faire mieux, mais voici ma contribution.
Davie Schaff a attisé notre attention avec son football, et nous y avons joué entre nous en 73, un bon nombre participait. Il me semble que le premier match (je n’y ai pas joué) était à l’école scientifique. Je ne sais pas si c’était seulement les gars de la promotion 73, mais je suis enclin à penser que Clarence Deming et d’autres de 72 y étaient. Au bout d’un moment, un désir s’est manifesté d’intéresser toute l’université au jeu. Vous (Elder) étiez au sein du journal de l’université, et je vous ai demandé d’en dire quelque chose dans un article. Vous avez répondu en disant que si je l’écrivais, vous l’imprimeriez. Les quelques lignes que j’ai écrites et que vous avez mises dans le journal étaient, je pense, le premier point de départ. Peters l’a alors pris et a affiché des avis lors d’une assemblée générale de l’université pour créer une association de football. Cette réunion s’est tenue et l’association a été mise en place. Je ne peux pas donner de noms ou de dates, mais je suis sûr que c’était la première association de football de l’université de Yale, du moins dans la mémoire de la génération actuelle, et c’est certainement le début de tout ce qui s’est passé depuis. Je me souviens vous avoir vu joué dans un match avant de recevoir une place dans l’équipe. Je présume que le premier match régulier avec une autre université était le match contre Columbia, où vous et moi étions tous les deux et avons contribué à la victoire.
Je me souviens surtout du commentaire d’un journal new-yorkais, que ce soit le Times ou le Tribune. Après une description générale du jeu, il nous mentionna, vous et moi- « Elder pour sa course brillante et Miller pour son jeu posé près du but. » Dans l’histoire du football à Yale, la classe de 1973 devrait avoir le crédit d’avoir initié le jeu, non seulement à Yale, mais aussi dans une certaine mesure dans d’autres universités, comme nous l’avons fait jusqu’à ce que nous ayons une autre université pour jouer avec nous, et les battre.
Cordialement, (Signé) Elliott S. Miller.

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Mais il y eu un schisme dans les rangs des footballeurs américains, tout comme chez les partisans du football en Grande-Bretagne. Alors que Columbia, Yale, Princeton, Rutgers et d’autres respectaient leur code, ce qui leur donnait un jeu pas du tout comme le nôtre de nos jours, et vraiment sui generis, Harvard ira jusqu’au Canada pour trouver des adversaires, et joua en vertu des lois de la Rugby Union anglaise. Une fois de plus, nous voyons l’analogie avec l’histoire du football britannique, car une tentative a été faite pour harmoniser les deux jeux, la Rugby Union et le jeu universitaire américain existant à l’époque. Ce fut Harvard et Yale qui firent la tentative, et, ayant trouvé un compromis sur les règles à l’automne de 1875, un match fut joué sous ce nouveau code et, il faut l’avouer, incompréhensible. Harvard a gagné le match, mais les joueurs, les spectateurs, les officiels et le comité étaient tous aussi dégoûtés, car les disputes étaient incessantes, personne ne semblait comprendre les règles, et presque toutes les phases de jeu qui semblaient brillantes aux spectateurs étaient une violation de ces remarquables règles de compromis. Cela étant, pour le bien du sport, l’année suivante Harvard et Yale acceptèrent de jouer selon les règles de la Rugby Union sans aucune modification et de ce jour date la véritable avancée du football interuniversitaire américain et sa position actuelle comme le plus aimé des passe-temps d’automne.

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Uniforme, montrant les premières vestes en toile et les Knickerbockers en flanelle.

L’étudiant américain, régi par aucune tradition, était loin d’interpréter les règles de la même manière que son contemporain anglais. En une ou deux saisons, cela déboucha sur la nécessité de quelque chose de nature plus stricte et officielle, et à la mise en place de plus d’interprétations écrites noir sur blanc lors des congrès annuels. Après un certain nombre de réunions de ces conventions, où les représentants étaient des étudiants de premier cycle, l’Association Interuniversitaire, qui avait été formée pour plusieurs années, établi un nouveau mécanisme pour modifier ou changer les règles. Cela prévoyait la création d’un comité consultatif des diplômés et supprimait dans une large mesure certaines caractéristiques inacceptables de la réglementation antérieure. Trop influencé par les résultats immédiats, le jugement des capitaines et des directeurs de premier cycle était devenu méfiant. Cette nouvelle méthode a prévalu aussi longtemps que l’Association Interuniversitaire a duré, mais lors de sa dissolution, il y eu durant une saison une sorte de chaos dans l’élaboration des règles. Yale et Princeton adoptèrent un ensemble de règles, tandis que Harvard, Pennsylvania et Cornell en ont adopté d’autres. Ensuite, l’University Athletic Club de New York est intervenu, et en sélectionnant un comité d’anciens joueurs, il leur a demandé de formuler un code de règles. Ce code, lorsqu’il fut présenté à l’University Athletic Club, fut approuvé et offert aux joueurs de football à travers le pays. Il fut adopté à l’unanimité par les clubs en tant qu’organismes, et en fait par tous les joueurs de la compétition interuniversitaire, et des efforts similaires du club à diverses occasions par la suite ont rencontré un accueil tout aussi courtois.

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Cette année, préalablement à toute action de la part du club, d’autres organisations ont proposé des règlements, et bien que le club et le comité désigné par eux se soient efforcé d’apporter des uniformes, montrant une première veste de toile. A propos de l’unité d’action, toutes tentatives ont échoué, et il est plus que probable qu’il y aura plusieurs séries de règles promulguées cette saison. Les équipes représentant Yale, Pennsylvania, Princeton, Harvard et Cornell, avec les autres grandes écoles de l’Est, seront régies comme par le passé par les règles édictées sous les auspices de l’University Athletic Club, et alors que ces équipes sont susceptibles de représenter le meilleur élément de jeu, ces règles vont probablement s’avérer du plus grand intérêt.

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Uniforme, montrant la première veste en toile
(WATSON de Yale)

Il est difficile, en fait impossible, de prédire avec certitude le résultat que des changements de règles peuvent avoir sur le jeu, et comme le public et les joueurs sont habitués à la façon de jouer exposée selon les règles des deux dernières années, le comité nommé par le club s’est efforcé dans la mesure du possible de ne pas créer de changements radicaux dans cette façon de jouer. Leurs efforts ont été principalement dirigés vers une explication complète de chaque règle, avec une telle précision qu’elles rendent impossible toute contestation ou double sens. Leurs changements réels de règles ont été presque inexistants, à l’exception du « scoring », où ils ont diminué la valeur de la transformation après un « touchdown ». On a de plus en plus l’impression que deux points, soit la moitié de la valeur d’un « touchdown », étaient une trop grande récompense pour le simple fait d’envoyer le ballon au-dessus de la barre de but, et les défenseurs du jeu d’équipe étaient particulièrement contre sur ce qui semblait être un acte de compétence individuelle. Les autres changements n’ont en aucun cas été radicaux.

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Pour celui qui regarde un match de football, selon les règles actuelles de l’American Interuniversitaire, il constate de façon évidente où réside la grande attraction du jeu. C’est dans l’abandon total des joueurs et la simplicité du motif. Peu importe la complexité des méthodes, peu importe le degré de développement du travail d’équipe ou de la tactique, l’objet réel est si évident et si facilement compris qu’aucun spectateur n’en doute. Pour tous les mouvements stratégiques et toutes les tactiques des onze titulaires ne cachent pas un instant le fait que chaque équipe essaie de porter la balle vers le but de l’adversaire, et que dans la tentative d’atteindre cet objectif, pas un homme n’attache d’importance à sa vie ou à ses membres. Et quand on va sous la surface et étudie tous les problèmes complexes d’interférence, de blocage, de percée et une douzaine d’autres choses, dont chacune devient pour l’entraîneur presque une science en soi, l’intérêt, d’abord stimulé par la simplicité même du but du jeu, se développe de plus en plus rapidement sur une connaissance plus approfondie, jusqu’à ce que la fascination devienne presque une manie.

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Uniforme d’aujourd’hui avec veste en toile et pantalon de flanelle
(Frederic REMINGTON)

Il y a une caractéristique liée au sport qui a progressé avec le développement du jeu et qui a marqué certaines de ses phases les plus importantes. Cette caractéristique est l’uniforme du joueur de football. Le joueur anglais de la Rugby Union est à cet égard aussi différent de l’universitaire américain que le noir est différent du blanc. Le pantalon de l’Anglais n’a pas de rembourrage et ses genoux sont réellement nus. Un maillot serré est son seul vêtement supérieur. Le joueur américain a tellement de rembourrage dans son pantalon, particulièrement au niveau de la hanche et du genou, qu’il a l’air déformé. Sa veste en toile ou en jersey est également rembourrée et a très probablement des pièces de cuir sur l’épaule et le coude.

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Il est intéressant de voir comment l’Américain en est venu à tous ces vêtements protecteurs, sans parler de son protège-nez renforcé et de son casque. Les premiers uniformes des joueurs de ce pays étaient constitués de longs pantalons attachés aux chevilles, de maillots et d’une sorte de toque de toboggan. Dans le cas des joueurs de Yale, la toque était pour une raison mystérieuse d’un jaune le plus bilieux, bien que le maillot était bleu foncé. Le premier changement d’importance a été celui du pantalon long aux knickerbockers.

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Uniforme, montrant le premier rembourrage
(GILL, de Yale)

Ces nouveaux vêtements, cependant, étaient des plus remarquables de par leur nature. Ils étaient tissés, comme les maillots, et ajustés à la peau, de sorte que le joueur paraissait à tous comme un baigneur moderne dans une station balnéaire, sauf que les manches du maillot étaient longues, et qu’il portait de longs bas et des chaussures de base-ball avec des langues en cuir. Qui a conçu ce costume, personne ne le sait, mais les joueurs qui le portaient, fiers au début de leur nouvelle parure, bien qu’un peu gêné par l’impudeur de la chose, ont vite appris à l’usage que l’uniforme manquait l’un des premiers éléments de l’art véritable, en ce sens qu’il n’était pas utilisable. Les maillots et les bas étaient en accord avec leurs besoins, mais les pantalons étaient simplement l’invention de quelqu’un qui avait une dent contre le footballeur. Ils étaient d’un blanc pur avec une bande de bleu tissé, et quand le vert d’une tache d’herbe apparaissait dès la première mêlée, la pureté était partie pour toujours. Mais ce n’était pas du tout la pire caractéristique. Les joueurs n’étaient peut-être pas tout à fait aussi peu soucieux de leur apparence personnelle que le sportif d’aujourd’hui, pourtant ils n’étaient pas agacés par les taches d’herbe et la saleté qui maculaient le blanc neigeux de ces vêtements. Là où, cependant, leurs ressentis furent vraiment touchés, c’est quand ils découvrirent qu’une bonne glissade sur la terre ou une chute sur les genoux risquait non seulement de déchirer le pantalon, mais que celui-ci les écorchait et avec lui toute la peau du genou ou de la cuisse du joueur d’une manière beaucoup plus sévère que s’il n’avait aucune protection, car la laine attrapait la peau et la déchirait à chaque fois. Quand les joueurs se déshabillaient après les premiers jours de ces nouveaux uniformes, nombreuses et fortes étaient les imprécations contre leur concepteur. Mais l’équipe les porta et ils devinrent progressivement, en raison de l’étirement et du rapiéçage, un peu plus supportable. L’étape suivante de l’évolution de l’uniforme fut la mise au rebut de ces pantalons serrés et tissés pour des knickerbockers légèrement plus amples de flanelle. Juste à ce moment-là, une rumeur courut qu’une certaine équipe avait conçu un produit de remplacement pour le maillot traditionnel et qu’elle allait apparaître dans un tout autre genre et que personne ne pourrait prétendre avoir, car le placage à cette époque n’était pas autorisé au-dessous des hanches, et pour cette raison l’uniforme dans lequel les bras et le haut du corps étaient enfermés était d’une importance plus vitale. Un public de football dans l’expectative n’eut pas à attendre plus longtemps quand l’équipe Trinity de Hartford arriva à New Haven un jour de début d’automne.

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Le match se jouait dans le vieux Hamilton Park, et il y avait un air de mystère considérable au sujet de l’équipe de Trinity quand ils allèrent dans leur vestiaire. L’un des joueurs de Yale qui essayait d’aller voir un de ses amis dans l’équipe de Trinity fut arrêté à l’entrée et refoulé. Ce n’était guère en accord avec le système de gestion plutôt insouciant alors en vogue, et le joueur de Yale revint vers son équipe en déclarant que quelque chose de particulier se passait dans le vestiaire des onze de Trinity. L’explication était évidente, cependant, quand l’équipe de Trinity sorti sur le terrain, car chaque homme était vêtu d’une veste de toile, et chaque veste de toile avait été bien frottée avec du saindoux avant la sortie du vestiaire. Que ce soit une question d’imagination ou non, il est certain que les tentatives pour plaquer les joueurs de Trinity pendant les cinq ou dix premières minutes du match étaient vraiment ridicules. Ils glissaient des mains et des bras des hommes de Yale comme un cochon graissé à un carnaval du 4 juillet s’échappe des griffes de ses ravisseurs potentiels. Après avoir enduré cela pendant une courte période, les hommes de Yale, en désespoir de cause, prirent de grandes poignées du sol sablonneux dont Hamilton Park était composé, et le fait de tenir cela dans les mains jusqu’à atteindre l’homme en laissait assez pour rendre le tacle beaucoup plus facile en neutralisant l’effet glissant du saindoux. Avant que le jeu soit enfin terminé, la veste, ou plutôt le saindoux, ne faisait plus s’inquiéter les hommes de Yale. Cependant, la veste de toile n’avait manifestement pas été apprécié par tous ceux qui jouèrent ce match, car il était beaucoup plus facile de plaquer et de tenir un homme vêtu d’un maillot ordinaire plutôt qu’un dans une toile plus rigide ; plus encore, l’effet sur les mains du plaqueur par une journée froide était tel qu’il était non seulement difficile, mais douloureux de s’emparer de l’une de ces vestes de toile. L’instauration de ce costume par Trinity a été rapidement suivie par son introduction chez presque toutes les équipes majeures, bien que le graissage de la veste ne fut pas adopté. Le « quarterback » s’opposa à la veste de toile, car elle ne permettait pas une aussi grande liberté de mouvement que le maillot, et lui, avec d’autres joueurs, substituèrent de temps en temps le maillot à la veste de toile. Mais la veste en toile reste le vêtement le moins cher pour les joueurs de la ligne d’attaque. Les maillots sont maintenant ajustés plutôt serrés et avec des coudes et des épaules rembourrés en cuir, de sorte que bon nombre d’entre eux les portent de préférence à la veste plus inconfortable. Des tentatives ont été faites pour rendre la veste de toile encore plus pratique par l’introduction de découpes élastiques sur les côtés et dans les manches, mais les joueurs ont généralement trouvé que la pression produite par cet élastique dans la veste la rendait inconfortable tant cela devait être serré pour être de quelque utilité.

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Unniforme du début des années 80
(PEACE, de Princeton)

L’étape suivante en matière d’uniformes fut l’évolution du « knickerbocker » en flanelle, qui offrait peu de protection et se déchirait facilement vers celui en velours côtelé. Mais même le velours côtelé ne dura qu’une saison, car on s’aperçut qu’il avait une tendance tenace à se fendre au genou, et les managers se mirent à la recherche de tissus plus consistants pour confectionner le pantalon. Finalement, ils tombèrent sur la futaine, et un grand nombre de knickerbockers sont faits de ce tissus encore aujourd’hui.
C’est peu de temps après l’introduction de ce matériau plus robuste que le rembourrage a été introduit. L’origine du rembourrage venait des blessures reçues par les joueurs de football sur cette partie vulnérable qu’est le genou. C’est ici que les pantalons tissés d’origine ont été jugés inutilisables ; c’est ici que la flanelle et plus tard le velours se déchiraient le plus souvent, et c’est là que le joueur subissait la plupart de ses écorchures et de ses ecchymoses. Un homme prévoyant utilisant du « Pond’s extract » ou une pommade similaire sur ses genoux endoloris, n’était pas satisfait de devoir les garder humides hors du terrain, et fixait des éponges saturées de pommade à l’intérieur de son pantalon, continuant ainsi le traitement tout en souffrant peut-être de blessures complémentaires. Le rembourrage ainsi introduit sous la forme d’éponges suggérait l’idée de capitonner par d’autres matériaux protecteurs, et rapidement les genoux du pantalon furent faits suffisamment larges pour contenir quantité de ce rembourrage. Ensuite, le matelassage de la matière protectrice sur les hanches a suivi, et bientôt les knickerbockers d’un joueur devinrent pratiquement des costumes d’armure en tissu. Ensuite, une avancée a été faite dans la protection du haut du corps en fixant un rembourrage le long des coudes du maillot ou de la veste. Il a fallu un certain temps avant que ce rembourrage ne soit apporté aux épaules, mais cela a suivi comme une séquence naturelle. Pendant ce temps, le joueur n’avait pas oublié sa tête et ses tibias. Le protège-tibia ordinaire est, bien sûr, aussi vieux que le jeu lui-même, et est porté par les joueurs anglais d’Association, ainsi que la plupart des hommes des lignes d’avants lors de nos rencontres aujourd’hui. Mais il a été considérablement amélioré en qualité, et, étant maintenant fait de pâte à papier, est très léger et utile, et est parfois porté à l’intérieur du bas plutôt qu’à l’extérieur. Cela évite les problèmes de fixations cassées et perdues au milieu d’une partie. La protection de la tête a suivi une progression similaire. Au début un morceau de caoutchouc, que les joueurs de base-ball des premiers jours avaient l’habitude de tenir dans la bouche pour se protéger les dents, a été transmis par le joueur de base-ball à son suiveur de football, et plusieurs hommes en première ligne les portèrent entre leurs dents pendant le jeu. Vint ensuite, le protège-nez, devenu si bien étudié qu’il protège en même temps et les dents et le nez.

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Les Anglais, il y a plusieurs années, ont imaginé une casquette pour la protection des oreilles des participants des courses à pied. C’était une casquette de cuir souple, avec des protège-oreilles, attachée avec du ruban adhésif sous le menton. De là est venue l’idée du casque du joueur américain. Ce couvre-chef a d’abord pris en considération seulement les oreilles, mais a été étendu plus tard au sommet de la tête, et maintenant un casque rembourré très complet avec des protège-oreilles est fourni, ce qui rend un joueur assez insouciant des coups ordinaires qu’il peut recevoir sur la tête.

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Cela donne quelque chose de l’histoire de la progression du jeu parmi les étudiants américains. Mais il ne faut pas en déduire de tous ces harnachements, pour ainsi dire, que le jeu en est devenu plus dangereux. En fait, le contraire n’est pas improbable. Mais il est devenu plus important, en raison de la plus grande aptitude des joueurs eux-même, qu’ils se protègent pendant aux semaines de pratique. Un homme non entraîné et non qualifié aurait pu facilement entrer sur le terrain au commencement de ce jeu et remplacer un joueur blessé ; mais rien de tel ne serait possible aujourd’hui, d’où l’intérêt plus grand de réduire les risques d’accident.
Les principaux matchs de cette saison seront Harvard-Yale, Princeton-Yale, Pennsylvania-Harvard, Cornell-Princeton et Cornell-Pennsylvania.

Merci à F. Humbert de rugby-pioneers.com d’où sont extraites certaines images originales de cet article (Creative Commons license).
Un PDF est disponible ci-dessous avec le texte + sa traduction (n’hésitez pas à signaler des erreurs de traduction ou contresens...).

Pour en savoir plus, voir également :

Un texte (en anglais) de Roberta J. Park qui explique le retour vers 1906 au jeu de Rugby sur la côte Ouest à Stanford notamment suite aux brutalités constatées dans le football américain (18 morts durant la saison 1905). Celui-ci redeviendra le sport n°1 après la guerre en 1919 :


Documents joints

Football in America (texte original + traduction)

14 juillet 2018
Document : PDF
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Par Walter CAMP - 1989 - « Frank Leslie’s Popular Monthly »


From Football to Rugby—and Back, 1906-1919

14 juillet 2018
Document : PDF
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Journal of Sport History - 1984




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