1910 - Le rugby à la galloise

mercredi 4 mai 2011 par Jean-Luc , Dédé ROUX

Forum de discussion en bas de page.

Un article de la revue « Plein Air » de 1910 qui explique comment l’équipe du Pays de Galles a imaginé un système qui allait s’avérer révolutionnaire...

En préambule, André Roux nous aide à mieux comprendre la portée de ces changements.

Bien qu’écrit en 1910, l’article de Garcet de Vauresmont [1] à propos du jeu des rugbymen gallois met en évidence que ces derniers avaient compris le but du jeu, qui lui donne sa signification et met par là-même « les joueurs en mouvement », à savoir : conquérir le territoire adverse par tous les moyens autorisés par le règlement :

  1. Augmenter la vitesse de course et d’éxécution de tous les joueurs.
  2. Et en même temps, développer au maximum toutes leurs habiletés au pied et à la main pour échanger le ballon en le faisant avancer le plus possible, là aussi à quelque poste qu’on joue.
  3. De tels choix eurent probablement pour conséquence un jeu où la répartition traditionnelle des tâches entre les avants chargés exclusivement de conquérir et pourvoir le ballon aux trois-quarts, charge à ces derniers d’exploiter à fond cette situation tend à laisser la place à un jeu plus complet, plus collectif, au-delà des phases statiques de la touche et de la mêlée, utilisées préférentiellement comme bases de lancement de jeu. Ce qui explique leurs succès sur le terrain.

En ce sens les joueurs gallois avaient ouvert la voie à un jeu de mouvement, plus total, mais ce fut une brèche vite refermée... car le jeu pratiqué par la suite au siècle dernier [2] et même encore de nos jours reste encore trop souvent étriqué [3] et axé exclusivement sur le combat même si, comme les joueurs gallois s’y étaient essayés à l’époque, on cherche quand même maintenant à jouer le plus rapidement possible, quelque soit le poste occupé, et à savoir jouer momentanément un rôle qui ne correspond pas au poste occupé au moment des phases ordonnées.

André ROUX.

Le rugby à la galloise

« Plein Air » - mars 1910

par G. de Vauresmont.

La méthode galloise, en football rugby, c’est simplement la méthode de tous les AngIais, qu’ils soient du pays de Galles, d’Angleterre, d’Ecosse ou d’Irlande. Du moins en ce qui concerne la formation de l’équipe : huit avants (3-2-3), deux demis, quatre trois-quarts, un arrière.

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« Plein Air » - mars 1910
Le rugby à la galloise - G. de Vauresmont.

Les Gallois, venus relativement tard au rugby, ont voulu faire mieux que leurs aînés dans la carrière. Copieusement battus pendant les dix ou douze premières années de leur participation au championnat d’Angleterre, ils ont cherché - et trouvé - une méthode de jeu qui leur pût assurer une supériorité sur leurs ironiques adversaires et la victoire.

Un seul moyen s’offrait, la rapidité. En jouant plus vite que les Anglais, ils pouvaient s’assurer une chance de les battre. Et de la tête de mêlée à l’arrière inclus, ils placèrent des hommes agiles. Le score de leurs défaites fut moins élevé, mais c’était encore la défaite.

Il fallait mieux. Alors, ils imaginèrent, sans modifier sur le terrain la place traditionnelle d’aucun joueur, d’attribuer à la plupart d’entre eux un rôle en quelque sorte inédit.

Alors que les avants anglais, grands, forts et lourds, n’ont pour principal but que la dislocation de la mêlée adverse et le dribbling perfectionné que l’on connaît, - à quoi, d’ailleurs, les avants gallois sont, au besoin, fort experts - ils imposèrent à leurs premières lignes le ramassage du balIon et les passes, jusqu’à eux réservées aux lignes arrières. Première supériorité.

En possession du ballon, les avants gallois s’égayaient, se soutenant entre eux par des passes courtes, si précises que les avants anglais n’arrêtaient que l’homme et jamais le ballon. Puis, intervenaient les arrières, pour terminer ce que leurs avants avaient si bien commencé.

Aux demis, maintenant. Jusqu’à la révolution galloise, le demi de mêlée, recevant le ballon de la troisième ligne d’avants, le passait à l’autre demi, simple intermédiaire, qui, lui, le transmettait aux trois-quarts.

Les GalIois ont vu, là, une perte de temps, un manque à gagner du temps, plutôt, et du terrain. Ils ont installé un seul demi à la mêlée. L’autre, dit demi d’ouverture, reçoit toujours la passe, mais, comme l’indique son titre, est chargé de foncer sur l’ennemi, de faire le plus loin possible un trou, une ouverture, et de passer aux trois-quarts, qui se sont mis en branle, dès son départ, pour arriver à temps à sa hauteur et continuer le mouvement.

Avantage considérable, car un habile demi d’ouverture peut assurer aux siens quinze ou vingt mètres de territoire envahi, avant de faire sa passe.

Voilà les deux sérieuses modifications que les Gallois ont introduites dans l’ancien jeu national anglais. Mais quels succès éclatants et de longue durée n’en ont-ils pas retirés !

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Ils possédaient une tactique. Ils ont mis au service de cette tactique le principe de l’agilité. Appuyés sur ces deux bases, ils ont peu à peu poussé, par un entraînement presque journalier, l’adresse manuelle jusqu’à ses plus extrêmes limites. Puis, négligeant le jeu classique, soit du dribbling, soit des passes de trois-quarts, où se confinaient obstinément les Anglais, ils ont cherché de nouvelles combinaisons. Ils y ont appliqué, au fur et à mesure, et la tactique nouvelle et leur qualité naturelle, si bien qu’ils sont consisidérés, à l’heure actuelle, comme les rois du football rugby ; si bien que, seuls, ils ont tenu en échec, voire battu, l’imbattable équipe des Néo-Zélandais, qui venait, dans une tournée inoubliable, de mettre à mal l’Angleterre, l’Ecosse et l’Irlande, liguées contre eux.

C’est de cette école que sont sortis Gwyn Nicholls, le roi des trois-quarts, et Percy Bush, le prince des demis, et quantité de barons comme les Owen, tous les Jones, Morgan, Trew, Baucoff et tutti quanti, toutes les étoiles d’un firmament, devant lesquelles tous autres, contraints et forcés, s’inclinent et s’agenouillent.

C’est de ces modèles incomparables et de cette méthode, si conforme au caractère français que, dans la mesure, un peu restreinte encore, de nos moyens, la France tente, depuis quinze ans, l’assimilation, avec, cette année seulement, l’espoir vraisemblable, de futures victoires.

G. de VAURESMONT.

Merci à F. Humbert de rugby-pioneers.com d’où sont extraites les images originales (Creative Commons license).

[1Pierre Garcet de Vauresmont fut finaliste du championnat de France en 1892 avec le Stade Français contre le Racing.

[2Rappelons que l’équipe de France fut exclue du tournoi des 5 nations dans les années 30 en raison de la brutalité des matchs en championnat domestique. La France fut à nouveau admise au tournoi des 5 nations après la 2e guerre mondiale.

[3Excepté peut-être certains matchs de phase finale en coupe ou en championnat. Et de ce point de vue, on a pu avoir une idée de ce qu’est un rugby total grâce au jeu pratiqué par les joueurs australiens lors du test-match contre l’équipe de France en novembre 2010





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