1924 - Le développement du rugby français

samedi 4 décembre 2021 par Jean-Luc

Forum de discussion en bas de page.

L’Auto publie une « Édition spéciale » en décembre 1924 consacrée entièrement au Rugby.
Le jeu connait une progression fulgurante après guerre avec un nombre de nouveaux clubs et de pratiquants en constante augmentation principalement dans le Sud.
Cela se fait malheureusement au détriment de la qualité de jeu et du fair-play... En témoigne la désastreuse finale aux jeux Olympiques de Paris cette année là...

L’Auto - 14 décembre 1924

ÉDITION SPÉCIALE GRATUITE

Le Développement du Rugby français

SA PLACE DANS LA COMPÉTITION INTERNATIONALE

Espoirs et Déceptions

Injustes critiques. — La diffusion du sport au ballon ovale. — Des forteresses qui tombent. — On ne peut courir à la fois deux lièvres : Championnat et match
international

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L’Auto - Edition spéciale
14-12-1924 - page 1

Gallica

Il est peu de sports qui soient à la fois plus louangés et plus critiqués que le rugby. S’il connaît en effet des admirateurs fervents, des défenseurs ardents, il est en butte à toutes les jalousies des indifférents, des profanes ou des supporters d’autres sports, qui croient voir en lui un adversaire dangereux.
Écoutez ces Cassandre, ou ces Tartufe, ou ces ignorants, ou ces crédules, écoutez leur concert de lamentations...
« — Le rugby est un jeu violent, brutal, sanguinaire ; le rugby est un jeu qui développe les mauvais instincts ; le rugby est un sport qui appelle le professionnalisme et la paresse ; ce n’est pas un jeu français dans ses tendances... », etc.
Ces magnifiques arguments, nous les savons mainte et mainte fois rétorqués aux yeux des sportifs impartiaux, qui savent à quoi s’en tenir sur le chapitre des reproches qui sont adressés aux hommes du rugby.
Ce concert de lamentations, nous l’avons d’ailleurs entendu au lendemain de France-Amérique [1], et nous avons vu tous les bons amis se dresser l’injure aux lèvres. Faisant preuve d’une bonne foi admirable, ils vitupérèrent la brutalité de nos mœurs, les excès de la foule, de cette foule incontrôlable venue on ne sait d’où pour assister à un match, comme l’on va assister à une parade.

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J.O. Paris 1924
Carte postale Patauberge - H.L. Roowy.

Si c’est perdre son temps que de répondre à des critiques injustes, et d’invoquer l’exemple de la Grande-Bretagne, où les milieux universitaires, industriels, les intellectuels, les officiers sont en général pratiquants du sport du ballon ovale, ou de souligner que c’est en rugby que se produisent le moins d’accidents graves, ou encore de noter que ce sport tant décrié est pratiqué en France par une élite intellectuelle et athlétique, il faut cependant se souvenir de ces critiques ne serait-ce que pour constater que la belle cause que nous défendons n’est pas encore complètement gagnée. Il reste des milliers et des milliers de profanes que des campagnes intensives impressionnent, à convaincre et à amener vers nous...
Aussi, lorsque entre nous nous polémiquons, ne dépassons pas certaines limites, ne donnons pas des armes à ceux qui nous épient et ne cherchent qu’à poignarder le rugby, « sport brutal » suivant leur expression.

Au point de vue diffusion, le rugby n’a rien à envier aux autres sports. Il a, en cinq ans, depuis la création de la fédération autonome, plus que quintuplé ses effectifs ; ses clubs sont passés en effet de 230 à 1.260 depuis 1919, et le nombre de ses pratiquants dépasse actuellement le chiffre imposant de cent mille. Le rugby a pris surtout une extension énorme dans le Sud-Ouest, où il n’est pas un village, aussi infime soit-il, qui ne compte une ou deux équipes jouant régulièrement. Il s’est étendu également dans le Sud-Est, grâce à ces foyers étincelants que sont Toulon, Avignon, Grenoble et Lyon. Dans le Littoral et les Alpes, notamment, le rugby est en très net progrès ; dans le Lyonnais le niveau général s’élève aussi, en raison de la rivalité d’une douzaine de clubs qui se tiennent de très près. Nivellement aussi en Bourgogne. Dans le Centre, Clermont-Ferrand a donné à toute la région une saine émulation, et la grande rivalité locale, rivalité sportive et industrielle, a servi également la cause du rugby.
Des forteresses sont en train de tomber dans l’extrême sud, aux confins de l’Hérault et du Gard, dans ce « no man’s land » miné à la fois par l’Est et par l’Ouest, et bientôt Nîmes et Montpellier seront des cités conquises. Le Massif Central s’effrite de toutes parts, le rugby s’y introduit par le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest. Et le rugby remonte par les Charentes, par le Périgord Agenais et le Limousin, vers le bassin de la Loire, où Vierzon et Tours font figure de sentinelles avancées. Ces sentinelles ne restent d’ailleurs pas inactives, sous l’impulsion de Poitiers elles progressent lentement. Nantes, où le Stade local a remporté de brillants succès, progresse aussi. Seules les régions du Nord et de l’Est restent stationnaires.

Si, au point de vue diffusion, le tableau est séduisant, il l’est moins si l’on envisage le jeu par lui-même, les progrès des clubs et des joueurs de tête. Le rugby français est devenu un jeu serré, ardent, solide, bien assis, dans lequel une équipe cherche avant tout à défendre, à ne pas se livrer. Le Championnat a abêti l’attaque, si j’ose dire, et a détruit les meilleures intentions. Le Championnat est en France le but d’une saison, c’est pour un club une question de vie ou de mort, car avec les frais engagés il faut avant toutes choses faire recette pour boucler un lourd budget. Mais sans le Championnat, le rugby français n’aurait pas sa puissance actuelle. Aussi ce mal est un mal nécessaire, il faut le subir en limitant, si possible se peut, ses ravages dans l’esprit du jeu.
Mais le Championnat est avant toutes choses l’adversaire du match international. Il empêche la sélection des meilleurs joueurs, le maintien de leur meilleure forme ; il brise le désir de vaincre par la hantise chez chacun de la prochaine rencontre interrégions. Et la Grande-Bretagne, qui ne traîne nul boulet, nous bat et nous battra encore, même lorsque nous lui serons nettement supérieurs.
Sans nous résoudre à accumuler de nombreuses défaites, coupées de ci de là par d’étincelantes mais fugitives victoires, prenons-en notre parti et songeons que ce qui importe avant tout : c’est la diffusion du jeu, ses progrès dans la masse. A ce titre-là soyons satisfaits.

Gaston BENAC.


UNE BELLE PROGRESSION

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Répartition des club en 1923
« L’Auto » du 25 mai 1923

Gallica

Le nombre des clubs de rugby a quintuplé en cinq ans

Celui des joueurs doit atteindre 100.000

La progression des clubs de rugby est constante depuis la création de la F.F.R. sortie de l’U.S.F.S.A. Lorsque naquit, à Lyon, la Fédération autonome de rugby, 230 clubs seulement participèrent aux Championnats. Actuellement, on compte 1.240 clubs affiliés à la Fédération Française de Rugby. Ce chiffre seul précise le bond accompli par le rugby en cinq ans.
Voici d’ailleurs le tableau de cette progression :
Saison 1919-20 .... 230 clubs affiliés
Saison 1920-21 .... 415
Saison 1921-22 .... 843
Saison 1922-23 .... 1.030
Saison 1923-24 .... 1.240

La progression, fut surtout très forte au cours de la troisième année, mais actuellement, quoiqu’un peu plus lente, la poussée continue. Néanmoins, constatons que l’excès de paperasseries imposées aux clubs empêche de s’affilier de petites sociétés, effrayées par la perspective d’une administration difficile à établir avec des ressources limitées.
En ce qui concerne le nombre de joueurs, l’évaluation est plus difficile à établir. Mais on peut estimer approximativement que le nombre de licenciés est passé de 32.000 en 1919-20 à 68.000 actuellement. Si l’on ajoute à ce dernier chiffre un minimum de 30.000 joueurs non licenciés, on arrive ainsi à un chiffre global de 100.000 pratiquants du sport du ballon ovale.
Mais le rugby, avec une bonne propagande, est susceptible de se développer dans des proportions énormes dans des régions que nous appellerons à « petit rendement » actuellement.


Notre infériorité actuelle
A QUOI TIENT-ELLE ?

Individualités en déclin ou mauvais jeu d’équipe ?

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Quatre avants français
Cassayet - Moureu - Piquiral - Lasserre

La série de nos bonnes performances s’est trouvée interrompue en fin de saison dernière, et nous fûmes ramenés aux scores d’avant-guerre. Il y a deux ans, nous battions l’Écosse à Édimbourg, l’an dernier, nous faisions match nul avec elle, cette année, elle nous bat largement et régulièrement.
Quelles en sont les raisons ? Elles, sont multiples, à notre sens. Pendant deux saisons, la grande forme et l’habitude de jouer côte à côte de quelques joueurs militaires entraînés à Joinville, coïncidant avec la pauvreté de jeu des lignes arrières britanniques, masqua notre faiblesse en avants. Actuellement, les Britanniques ont retrouvé des demis et des trois-quarts, nos virtuoses du ballon ovale ne tiennent plus leur forme d’il y a 3 ans, et nos avants étant restés eux-mêmes, le cours des choses se trouve rétabli. Et notre infériorité aussi.
Que nous faut-il pour retrouver nos succès d’il y a trois ans ? Beaucoup de choses. Tout d’abord, une meilleure compréhension du jeu d’avants.
Voici, à ce sujet, deux opinions intéressantes. Tout d’abord celle de M. Charles Gondouin, dans Rugby :
Ce n’est pas tant dans ses individualités que dans le jeu qu’elle pratique qu’il convient de modifier notre équipe. Le match d’Inverleith [2] n’a pas d’ailleurs démontré autre chose. En effet, l’ardeur, le cran et la détermination de nos joueurs y furent constamment remarquables ; seulement, l’infériorité de nos avants en mêlées fermées, et surtout en mêlées ouvertes, s’y manifesta, on peut dire, d’une manière éclatante. Et c’est précisément là, et pas autre part, qu’il faut reconnaître la cause de notre défaite.
Fendez donc l’oreille à nos plus anciens joueurs, remplacez-les par des nouveaux, vous n’en aurez pas moins, dans l’état actuel du rugby français, une équipe qui sera relativement pauvre en atouts devant le jeu britannique.
Toute la question, quand nous rencontrerons un quinze représentatif d’une des nations d’outre-Manche, sera de savoir si nos adversaires ont de bonnes divisions d’attaque. Si oui, toutes les chances seront contre nous ; si non, nous pourrons espérer la victoire.
Tant que nos avants n’auront pas appris à servir plus rapidement leurs demis dans les mêlées fermées et à créer des occasions d’attaque en talonnant dans les mêlées ouvertes, notre situation restera fâcheusement stationnaire dans les compétitions internationales.

Voici l’opinion du Dr Jean Delrieu, de Toulouse, dans le Sportsman :

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Le grand ailier Adolphe Jauréguy

Nos lignes arrières, considérées durant deux saisons comme les plus dangereuses par la variété soudaine de leurs offensives, ont baissé de manière extrêmement sensible, au moins en ce qui concerne l’aile Borde-Jauréguy, qui impressionna si fort, à diverses reprises, les critiques britanniques.
Nos avants, dont leurs camarades trois-quarts réussissaient à masquer en grande partie l’insuffisance relative comparée aux packs gallois, anglais ou écossais, sont restés sensiblement égaux à eux-mêmes.
Mais cela ne suffit plus maintenant, et le manque de méthode de nos « forwards » apparaît de façon beaucoup plus nette.
Actuellement, en dehors de Béziers et Lourdes, aucun de nos grands clubs méridionaux, qui fournissent la plupart des avants internationaux, n’a su mettre au point un pack confectionnant le vrai jeu d’avants. Comment s’étonner que nos hommes ne sachent, en match international, pratiquer un jeu dont on a dans leurs clubs totalement négligé de leur enseigner les principes ?
Noua pouvons espérer voir en lignes arrières s’affirmer des jeunes dont l’initiative, l’esprit de décision, qualités éminemment françaises, feront des trois-quarts de véritable classe internationale.
Nous devons renoncer à l’espoir de posséder un groupement d’avants de valeur internationale, tant que nos grands clubs pratiqueront, dans ce département du jeu, un rugby aussi rudimentaire que celui en honneur actuellement.

Ces deux opinions situent bien la question. Nous ne savons pas jouer le jeu d’avants, et avant toute chose, il faut rechercher l’avant travailleur, de préférence à l’avant brillant.
C’est par le club, dans le club, que le jeu d’avants doit progresser en France. Il appartiendra ensuite aux sélectionneurs de rechercher les huit « travailleurs » formés dans le club, ou plutôt les 7 travailleurs, et l’avant « winger » nécessaire au développement de l’attaque, à la défense sur le demi adverse.


De malaise, il n’y en a pas

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François Borde en action.

Dans le « Cri Catalan » de l’ami Albert Bausil, détachons une citation d’un papier qui paraît comporter quelques vérités. Ce papier, qui émane, de M. P. Izard, souligne la tendance qu’ont certains de tout ramener à leur point de vue particulier et de crier à la mort du rugby parce qu’à Paris, il paraît être en déclin. Ces critiques, nous les approuvons car, dans l’Auto, nous avons toujours prôné le mérite et aussi la supériorité de la province.
« Mais encore — quel est ce malaise dont semble souffrir l’ovoïde. De malaise point, voici l’aventure : Paris étant capitale intellectuelle, artistique, scientifique, sportive, Paris se devait d’être capitale rugbystique... Eh bien, Paris n’est pas capitale ! Toulouse ? Béziers ? Perpignan ? Bayonne ? Je vous en prie, pas de personnalités (en supposant que le Pirée soit un homme et Toulouse un rugbyman). Cherchez, mais vous brûlez, c’est par là, sûrement.
« Hélas ! nous devons retomber toujours dans notre défaut, nous complaire avec une satisfaction quasi morbide en nos dadas, nos ressassements — et disons comme tel autre — nos « bobards » ! J’exhiberai d’antiques périphrases excommuniées par la Selouze... J’emploierai des mots qui feront froncer les sourcils de maints pudibonds, je parlerai d’enthousiasme, de « race », je dirai que, pour faire une équipe de rugby redoutable, il ne suffit pas de quinze hommes et d’un ballon, qu’il faut dix mille fanatiques derrière, un barde, des dirigeants batailleurs, un maillot, des couleurs — parfois historiques — et qu’avec l’enthousiasme, le fanatisme, la partialité, il faut encore : la Foi !

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La belle passe de Borde, qui a percé, à Jauréguy.

« Des mots, des tintements de cloche ! Encore un raseur penserez-vous ? Que le Parisien gouailleur cherche dans ses équipes, bleu et blanc, bleu et rouge, verte, etc..., le « je ne sais quoi » qui fait un team invaincu, qu’il cherche, il ne trouvera pas ce « je ne sais quoi » qui fait qu’une équipe, même dominée, ne joue jamais battue, qui a fait de nos quinze hommes, la saison-dernière, les finalistes du Championnat.
« On a traité de « dadaïstes du rugby » ceux qui osaient de tels propos ; on les accusé de ranimer d’antiques querelles régionales... Erreur ! il faut des exaltés, des extrémistes, pour faire du « spectateur moyen » (voir M. Herriot : le Français moyen) un simple amateur qui vibrera lorsqu’il aura compris. »

Tous ceux qui, à Paris, ont écrit de très belles choses sur l’impérialisme sportif, dans le silence du cabinet, ne comprendront pas. Satisfaits d’avoir, commis de belles tirades harmonieuses, bien équilibrées, bien moulées, ils rentrent orgueilleusement en eux-mêmes, sans observer à côté ou loin d’eux la vie intense de la petite ville frémissante, enivrée de victoire, ou endeuillée par la défaite. Ils viennent de minuscules cités transformées, ayant pris conscience d’elles-mêmes, de leur force, de leurs possibilités, n’enviant plus la grande ville. Le sport, le rugby en particulier, a dressé un rideau de brouillard devant le mirage parisien. N’est-ce pas là un bien social ? Qui donc l’a souligné parmi ceux qui grognent toujours pour fustiger le chauvinisme local ?
Le rugby régional a permis de voir s’épanouir une plante que l’on cultivait bien mal en France jusqu’ici, l’esprit d’équipe. N’est-ce pas à la province qu’on est redevable surtout de ce retour vers la discipline librement consentie, de cette fusion de caractères différents pétris dans un même moule en vue d’une mission particulière.
Qu’on l’appelle homogénéité, pour employer un mot bien prétentieux, ou jeu collectif acquis par une sorte d’asservissement de quinze volontés, dans un but bien défini, le fait n’en existe pas moins. — G. B.


Ce que sont devenus les premiers internationaux

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La charge de l’ailier vers l’essai.

Les rencontres internationales dans notre pays vont atteindre, dans quelques mois, leur 20e année d’existence. Il y a déjà de vieux internationaux du rugby. Quels sont-ils et que font-ils ? Voilà ce que nous avons cherché à savoir. S’il y eut des matches internationaux en 1900 et en 1903, ces matches étaient uniquement interclubs. Il faut remonter au 1er janvier 1906, pour trouver la première rencontre entre équipes sélectionnées de France et de Nouvelle-Zélande.
L’arrière Crichton est un des gros négociants du Havre ; il s’occupe activement cette année de la direction du club de rugby du grand port normand. Des trois-quarts : le regretté Gaston Lane fut tué à 1a guerre. Henry Levée est industriel à Paris. Sagot est capitaine du génie à Versailles et membre de la Commission de Rugby du Stade Français, le Toulousain Pujol, négociant à Toulouse, est un des meilleurs joueurs de tennis de la région des Pyrénées. En demis, Lacassagne a fait une chute mortelle en avion à la fin de la guerre et Vareilles réside à Saïgon, où il est professeur d’éducation physique. Parmi les avants : Dedeyn, Vergès occupent d’excellentes situations à Paris ou au Puy, Communeau est un des plus gros industriels de Beauvais, Dufourcq est docteur en médecine à Salies-de-Béarn. Branlat est propriétaire dans les Basses-Pyrénées, Jérôme, fixé à Périgueux, est chef de service à la Compagnie du P.-O., Allan H. Muhr est un des principaux dirigeants du Racing, Cessieux est négociant en bois à Valence...
Bon nombre de ces joueurs participèrent au premier France-Angleterre. Voici ceux qui ne figurent pas dans la première liste : Lesieur, entrepreneur à Paris, assiste en spectateur attentif à tous les grands matchs ; Lewis est industriel au Havre ; Gaudermen, coureur d’autos ; 2e du Grand Prix de Lyon, est un des dirigeants de la Commission de Rugby du Racing ; Moure est dans la représentation.

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Un homme démarqué à la touche fait la passe.

La cape numéro 1 revient à H. Amand, entrepreneur de chauffage à Paris ; la cape n°2 est portée par Frantz Reichel, dont le nom seul dispense de tout commentaire, car elle est un programme. Louis Dedet, qui a le n° 3, est directeur du Collège de Normandie, et il vient à Paris suivre tous les grands matches, car il reste un passionné du rugby. Citons à la suite des noms déjà donnés : Maclos, pharmacien à Clamecy ; Hubert, qui joue encore de temps à autre au club auquel il est resté fidèle, l’A.S.F. ; Varvier, mort en 1914 ; Isaac, disparu en 1916 ; Charles Martin, fabriquant de fromages en Bresse ; Beaurin, industriel. Ensuite, une longue liste de disparus : Giacardy, Mayssonnié, Guillemin, Legrain, Anduran, etc...


Déclin d’arrières

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L’Auto - Edition spéciale
14-12-1924 - page 2

Gallica

Jeu d’avants sur toute la ligne en championnats ; jeu d’avants partout, parce que, tout d’abord, on me veut pas se livrer, parce qu’ensuite on n’a que peu de confiance sur le compte d’un on deux titulaires, parce qu’enfin on joue un match trop bien équilibré, contre un adversaire de même classe. Les seules exceptions de la règle proviennent des rencontres où la supériorité de l’un des deux rivaux est très nette.
Et puis, le jeu des lignes arrières comporte trop d’aléas avec une défense de jour en jour plus vigilante, plus active, mieux ordonnée. Et ainsi, on ne forme plus de grands attaquants. De ci, de là, des hommes étonnamment doués rayent comme un éclair le ciel sombre de la médiocrité, mais bientôt ils piétinent ; puis, matés par une défense inexorable, ils retombent dans le rang des quelconques. Ainsi va le jeu, tellement congestionné de résultats, qu’il ne laisse que peu de champ aux initiatives hardies, à la souplesse d’ensemble. L’Aviron Bayonnais lui-même a déposé les armes, ses belles armes offensives d’antan, et il a glissé vers la grisaille robuste qui gagne souvent, mais n’embel1it pas le jeu. Seuls, pour l’instant, Perpignan et Toulouse cherchent à rompre cette monotonie par quelques lueurs étincelantes ; d’autres, timidement encore, s’exercent à les imiter. Mais il est bien plus difficile de trouver des attaquants de classe, que des avants solides, suivant bien le coup de pied, plaquant et bousculant.

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La belle passe de Lawton
le fameux demi d’ouverture britannique
(australien plus précisément - ndlr).

Avec les progrès réalisés en défense, progrès qui coïncident avec le piétinement, pour ne pas dire plus, du jeu de derrière la mêlée, avec la tendance générale de jouer invariablement la touche, il devient de plus en plus difficile de passer. Pour l’instant, c’est par l’attaque aux pieds qu’on peut le mieux réussir, car les joueurs qui n’hésitent pas à se coucher sont très rares, de plus en plus rares. Oui, mais alors, il faut des dribbleurs, et citez-moi un club où l’on apprendra à dribbler. On se contente du coup de pied à suivre, accompagné d’une rafale puissante, ou du coup de pied au ras du sol, qui roule dans les buts. Combien de batailles sont gagnées ainsi ! C’est la tendance actuelle en championnat, c’est la mode du jour, malheur à celui qui tenterait de se jeter en travers du courant. Il serait bien vite emporté loin, bien loin...


Voici les Règles officielles du Rugby tel que pratiqué en France en 1924 :

Les Règles officielles du Rugby

I - INTRODUCTION

Le football rugby est joué par deux équipes, chacune composée de quinze joueurs au maximum.
Le sol dés terrains sur lesquels se disputent les épreuves officielles de l’Union doit être de gazon ou herbe fauchée au plus ras. Tous autres sols sont absolument interdits.
Les matches de championnat ne peuvent se disputer que sur des terrains préalablement acceptés par la Commission compétente.
Dans les épreuves officielles, toute équipe ne présentant pas sur le terrain quinze joueurs en tenue régulière, au jour et à l’heure fixés, est considérée comme forfait et déclarée comme battue au bénéfice de son adversaire.
Il en sera de même pour toute équipe ne jouant pas la durée de temps réglementaire.

Terrain.
Le terrain doit avoir la forme d’un rectangle. Les dimensions extrêmes ne doivent pas dépasser 100 mètres de longueur, ni 70 mètres de largeur, et doivent se rapprocher autant que possible de ces dimensions.
Les dimensions minima devront être les suivantes : longueur, 95 mètres ; largeur, 66 mètres, ligne de ballon mort à 15 mètres des lignes de touche, barrières du public à 3m50 des lignes de touche.
Le terrain devra être aussi horizontal que possible ; La pente maxima ne devra pas être supérieure à 1 centimètre par mètre. La nature du terrain doit être indiquée dans la demande d’homologation adressée à la Commission.
Le terrain ne doit présenter ni trous, ni bosses.
Les lignes démarquant les limites du champ de jeu doivent être convenablement marquées ; on les désigne sous le nom de lignes de but (aux extrémités du terrain) et de lignes de touche (sur les côtés du terrain).
Sur chaque ligne de but et à distance égale des Lignes de touche, il y aura deux poteaux verticaux, nommés poteaux de but, ayant plus de 3m.50 de hauteur et séparés par une distance de 5m.50, unis par une barre transversale à 3 mètres du sol.

Objet.
Le but du jeu est de lancer le ballon, d’un coup de pied, par-dessus cette barre transversale et entre les poteaux.
Le ballon dont on se servira pour jouer sera ovale et se rapprochera autant quo possible des dimensions et du poids suivants :
Longueur : 28 cent. à 28 cent. 50.
Le grand périmètre : 76 cent. à 79 cent.
Le petit périmètre : 64 cent. 50 à 66 cent.
Poids : 370 grammes à 412 grammes.
Il sera cousu à la main et n’aura pas moins de 8 points par 2 cent. 1/2.

II - DEVOIRS DES OFFICIELS — RÉSULTATS — DÉFINITIONS - ORGANISATEURS

Lignes de ballon mort.
A une distance ne dépassant pas S mètres derrière chaque ligne de but, et parallèlement à celles-ci, se trouveront des lignes dénommées Lignes de Ballon Mort. Si le ballon, ou un joueur tenant le ballon touche ou dépasse ces lignes, le ballon est dit : mort (et le jeu est arrêté).

But.
La partie du terrain comprise entre la ligne de but, la ligne de ballon mort et les prolongements des lignes de touche, est appelée But. Les lignes de but sont en but.

Touche.
Les parties du sol attenant directement aux côtés du terrain de jeu et entre les deux lignes de but, sont nommées Touche.
Les lignes de touche, ainsi que tous les poteaux et drapeaux marquant ces lignes ou le milieu du terrain, ou les lignes de 22 mètres sont en touche.

Touche de but.
Les parties du sol attenant directement aux quatre coins du terrain de jeu et situées entre les lignes de but et les lignes de touche respectivement prolongées, et en dehors du but, sont appelées Touches de But. Les poteaux et les drapeaux des coins du terrain sont en touche de but.

Coup tombé.
Se donne en laissant tomber le ballon à terre et en le frappant avec le pied quand il rebondit.

Coup placé.
Se donne en frappant du pied le ballon qui a été préalablement placé sur le sol à cette intention.

Coup de volée.
Se donne en laissant tomber le ballon de ses mains et en le frappant du pied avant qu’il n’ait touché terre.

Tenu.
Il y a tenu lorsque celui qui porte le ballon est lui-même tenu par un ou plusieurs joueurs du camp opposé, de manière qu’il ne peut ni le passer, ni le jouer.

Dribbler.
C’est faire avancer le ballon au moyen de petits coups de pied.

Mêlée.
Il y a mêlée lorsqu’un ou plusieurs joueurs de chaque camp se groupent autour du ballon à terre ou lorsqu’ils se placent en groupe dans l’attente du ballon et pour permettre qu’on le pose au milieu d’eux.
Tous les joueurs dans la mêlée doivent avoir les deux pieds sur le sol au moment où le ballon est mis dans la mêlée.
Il ne peut y avoir mêlée qu’à l’intérieur du terrain de jeu.
Le ballon n’est pas régulièrement en mêlée avant d’avoir dépassé un joueur de chaque camp.

Essai.
Un essai est gagné par le joueur qui met le premier la main sur le ballon en contact avec le sol dans le but ennemi.

Touché.
Est fait lorsqu’un joueur met le premier la main sur le ballon en contact avec le sol dans son propre but.

Gain d’un but.
Pour gagner un but, il faut envoyer le ballon par un coup tombé où placé, directement du terrain de jeu par-dessus la barre transversale du but de l’adversaire, que le ballon en passant touche ou non cette barre on l’un des poteaux, pourvu qu’après avoir quitté terre il ne touche au préalable ni le sol, ni un joueur.
Le coup de pied placé exige que le ballon ait été placé intentionnellement pour le gain d’un but.
Un but ne peut être gagné ni par un coup de volée, ni sur un coup d’envoi ou de renvoi.

En avant.
A lieu quand le ballon est projeté dans la direction du but adverse, soit avec la main, soit avec le bras écarté du corps, même si le ballon est rattrapé par le joueur.

Rebond.
Quand le ballon frappe un joueur sur toute partie du corps, sauf les bras et les mains et rebondit en avant.

Arrêt de volée.
A lieu quand un joueur saisit le ballon de volée et que celui-ci provient directement de l’adversaire à la suite d’un coup de pied, d’un en avant. Le joueur fait une marque avec son talon à la place où l’arrêt a été fait.
Si un joueur fait un arrêt de volée, il a droit à un coup franc, même si un en avant ou un coup de main à été sifflé, n’importe quel joueur de son camp peut donner le coup franc ou placer le ballon.

Coup d’envoi.
C’est un coup de pied placé, donné du centre du terrain et par lequel on met le ballon en jeu.
1° Au commencement de la partie,
2° A la mi-temps par le camp opposé à celui qui l’a mit en jeu au début de la partie.
3° Après le gain d’un but, par le camp qui a perdu ce but.
Au moment où le coup de pied est donné.
A) Les adversaires doivent se tenir à dix mètres du ballon. En cas d’infraction, le coup de pied pourra être recommencé.
B) Les joueurs de l’équipe qui donne le coup d’envoi ne dépasseront pas le milieu du terrain, tant que le coup de pied n’aura pas été donné. En cas d’infraction, une mêlée aura lieu au centre du terrain.
C) Les joueurs ne peuvent charger tant que le coup d’envoi n’a pas été donné.
Si le ballon tombe en touche, le camp opposé peut accepter le coup, faire redonner le coup d’envoi ou réclamer une mêlée au milieu du terrain.

Coup de renvoi ou de 22 mètres.
Est un coup de pied tombé, donné à moins de 22 mètres de la ligne de but de ce1ui qui donne le coup de pied.
Le coup de renvoi a lieu :
1° quand le ballon franchit la ligne de touche de but, ou celle de ballon mort ;
2° Après un essai non transformé en but ;
3° Après un « touché ».
Tant que le coup de pied n’est pas donné :
A) Tous les joueurs du camp qui donne le coup de pied doivent se tenir en arrière du ballon ; en cas d’infraction, le camp lésé pourra réclamer une mêlée au milieu de la ligne des 22 mètres.
B) Les adversaires ne peuvent avancer, ni charger au delà de la ligne des 22 mètres ; en cas d’infraction, le coup de pied pourra être recommencé.
Si le ballon va en touche, le camp opposé peut accepter le coup de pied, faire redonner le coup de renvoi, ou réclamer une mêlée au milieu de la ligne des 22 mètres.
Au coup d’envoi, le ballon devra franchir une distance supérieure à dix mètres, et au coup de renvoi il doit dépasser la ligne des 22 mètres. S’il en est autrement, l’adversaire peut faire recommencer le coup d’envoi ou de renvoi, ou bien réclamer une mêlée au centre du terrain, ou au milieu de la ligne des 22 mètres, suivant le cas.

3. Arbitres et juges de touche.
Pour toutes les parties, il faut un arbitre et deux juges de touche. Pour les championnats et autres épreuves officielles de l’Union, la désignation de l’arbitre fait l’objet d’une réglementation spéciale.
L’arbitre doit porter un sifflet dont le son arrêtera le jeu et siffler spontanément dans les cas suivants :
a) Quand un joueur fait et marque un arrêt de volée ;
b) Quand le jeu est brutal, déloyal ou incorrect. A la première faute, il doit on avertir le joueur ou l’expulser du terrain, mais, en cas de récidive, l’arbitre est forcé d’expulser le joueur ou de faire un rapport qu’il enverra à l’Union ;
c) Quand il estime qu’il y a danger à continuer ;
d) Quand il désire arrêter le jeu pour un motif quelconque ;
e) Quand il est touché par le ballon ou le porteur du ballon ; dans ce cas, on fera une mêlée à l’endroit même où il se trouvait quand il a été touché ;
f) A la mi-temps et à la fin de la partie. L’arbitre est seul chronométreur et a le droit de prolonger la partie pour compenser des suspensions imprévues.
Il ne sifflera pas la mi-temps ou la fin de la partie tant que le ballon n’aura pas cessé d’être en jeu. Si un essai ou un coup franc vient d’être obtenu, il laissera donner le coup d’essai ou le coup franc et arrêtera le jeu immédiatement après ;
g) Quand il voit une irrégularité de jeu au moyen de laquelle l’équipe attaquante gagne un avantage ;
h) Quand il s’aperçoit qu’il y a infraction aux règles 5 et 15 ;
i) Quand il veut appliquer une pénalité ;
j) Quand il accorde un but ou un essai ;
k) Quand le ballon va en touche de but.

Pouvoir de l’arbitre.
L’arbitre est le seul juge pour toutes les questions de fait, mais il pourra être fait appel de ses décision concernant les questions d’interprétation des règlements.

4. Règles.
Les capitaines des deux équipes tirent au sort au commencement de la partie. Le gagnant a le choix du camp ou du coup d’envoi.
Chaque équipe jouera de chaque côté du terrain un temps égal, fixé à l’avance. La partie est officiellement de quatre-vingt minutes.

Résultat.
La victoire se décide à la majorité des points.
Le gain d’un essai vaut 3 points.
Le gain d’un but après essai vaut 2 points.
Le gain d’un but sur un coup franc ou après arrêt de volée vaut 3 points.
Le gain d’un but sur coup tombé en cours de partie vaut 4 points.
En cas d’égalité de points, le match est déclaré nul et les restrictions prévues à l’article 1006 des règlements concernant l’organisation des championnats de football.

III - MANIÈRE DE JOUER — DÉFINITION

6. Manière de jouer.
Le jeu commencé, il est permis à tout équipier, pourvu qu’il ne soit pas hors jeu, de donner des coups de pied dans le ballon, de le ramasser et de courir avec, de le frapper ou de le passer en arrière ; mais on ne doit pas le ramasser dans les cas suivants :
a) Dans une mêlée ;
b) Quand il est à terre ou a été mis à terre après un tenu.
Le ballon peut être passé ou lancé par un joueur à un autre, pourvu qu’il ne soit pas passé ou lancé en avant.
Quand on joueur vient à être tenu, sous peine de coup franc, il faut immédiatement qu’il mette le ballon à terre, face à la ligne de but adverse.

7. Hors jeu.
Tout joueur est hors jeu :
1° S’il pénètre on cherche à pénétrer dans une mêlée par le côté de ses adversaires ;
2° Si, involontairement ou non, le ballon a été joué ou touché en dernier lieu, derrière lui, par un joueur de son propre camp.
Un joueur est susceptible d’être hors jeu derrière la ligne de but adverse, mais non derrière sa propre ligne de but, sauf dans le cas d’un coup de pied franc dans son propre camp, auquel cas il doit se tenir en arrière du ballon jusqu’au moment où le coup de pied est donné.
Un joueur hors jeu cesse de l’être :
a) Quand un adversaire a couru cinq mètres avec le ballon.
b) Quand un adversaire a donné un coup de pied dans le ballon, l’a touché sans parvenir à s’en emparer ou lorsque le ballon a touché un adversaire ;
c) Quand le joueur de son propre camp qui a joué en dernier lieu le ballon ou un joueur de son camp portant le ballon le dépasse dans la direction du but ennemi.

8.
Un joueur hors jeu ne jouera pas le ballon et ne gênera, ni activement, ni passivement un adversaire ; il ne devra approcher, ni rester intentionnellement à moins de cinq mètres d’aucun adversaire attendant le ballon.
Toute infraction à cette règle donne le droit au camp opposé de choisir soit :
d) Un coup franc au point où l’infraction a été commise ;
e) Une mêlée au point où le ballon a été joué en dernier lieu avant l’infraction.
Sauf si l’infraction a été involontaire, auquel cas on formera une mêlée au point où l’infraction a été commise.

9. Arrêt de volée.
Si un joueur fait un arrêt de volée, un coup franc sera accordé, même si l’arbitre a sifflé pour un en avant ou un coup de main ; n’importe quel joueur de son camp peut donner le coup franc ou placer le ballon.

10.Coups francs.
Tout coup de pied franc accordé doit être donné.
Les coups francs peuvent être au choix, des coups placés, tombés ou de volée, mais doivent être donnés dans la direction de la ligne de but.
Lorsque pour donner le coup franc, le joueur retrouve derrière sa propre ligne de but, il devra faire franchir au ballon cette ligne. En cas d’infraction, le camp opposé pourra, s’il n’a pas pu jouer le ballon, faire recommencer le coup de pied.
Le coup de pied doit être donné d’un point quelconque en arrière de la marque et à même distance de la ligne de touche. En cas d’infraction, une mêlée sera faite au point de la marque.

IV - PÉNALITÉS

11. Coup de pied franc.
Un coup franc est accordé, si un joueur :
a) Touche volontairement le ballon avec la main dans une mêlée, se couche à terre dans la mêlée, fait sortir avec la main le ballon dans la mêlée, ou le prend dans la mêlée avec les mains ou les jambes ;
b) Ne lâche pas immédiatement et devant lui le ballon quand il est tenu ;
c) Étant par terre, ne se relève pas immédiatement ;
d) Empêche un adversaire de se relever ou de lâcher le ballon ;
e) Fait un tenu illégal ou de l’obstruction (art 8) ;
f) Arrête intentionnellement un adversaire qui n’a pas le ballon ;
g) Donne intentionnellement des coups de pied à un adversaire ou lui fait un croc-en-jambe ;
h) Ne met pas loyalement le ballon dans la mêlée, ou si celui-ci étant sorti, l’y fait rentrer volontairement avec le pied ou avec la main ;
i) Sans courir lui-même sur le ballon, charge ou gêne un adversaire qui n’a pas le ballon ;
j) Crie « en jeu » ou une expression équivalente alors que tous les joueurs ne sont pas remis en jeu ;
k) Ne faisant pas lui-même partie de la mêlée, gêne les arrières adverses en restant en avant du ballon quand celui-ci est encore en mêlée ;
l) Empêche volontairement la mise correcte du ballon en mêlée ;
m) Commet volontairement et systématiquement faute nécessitant une mêlée ou seulement cause volontairement une perte de temps inutile ;
n) Faisant partie d’une mêlée, lève un ou deux pieds avant que le ballon ait touché terre dans la mêlée.
Pour tous ces coups francs, le point où a lieu l’infraction est pris comme marque et n’importe quel joueur du camp bénéficiaire peut placer le ballon ou donner le coup de pied.
Pour infraction à l’article (i), l’arbitre accorde, au camp du bénéficiaire, soit :
A) Une mêlée au point où le ballon a été joué en dernier lieu.
B) Un coup franc à la place où l’infraction a été commise.

V - GÉNÉRALITÉS

12. Touche.
Le ballon est en touche quand il traverse le plan de la ligne de touche soit seul, soit porté par un joueur en touche appartient au camp opposé à celui qui a touché le ballon en dernier lieu sur le terrain, excepté dans le cas ou le porteur du ballon a été projeté en touche par l’adversaire. Dans ce dernier cas, la touche appartient au camp du porteur
Un joueur du camp bénéficiaire met le ballon en jeu à la place où il a traversé la ligne de touche.
a) En le lançant dans le terrain, perpendiculairement à la ligne de touche,
b) En mettant le ballon dans une mêlée formée à 10 mètres de la touche et sur une perpendiculaire partant du point où le ballon est sorti en touche.
Quand l’arbitre siffle une infraction pour la mise en jeu, le camp adverse jouera le ballon conformément à l’indication du paragraphe précédent, c’est-à-dire par une mêlée à 10 mètres.

13. But après essai.
Quand un camp a marqué un essai, un joueur de ce camp prend le ballon au point où l’essai a été marqué et suivant une direction parallèle aux lignes de touche l’apporte dans le terrain de jeu à telle distance qu’il juge utile et dispose le ballon pour un coup de pied placé.
Ce coup de pied est régi par l’article n°10 en ce qui concerne le droit de charger, le camp défendant devant se tenir derrière sa ligne de but.
C’est affaire à l’arbitre de veiller, avant que le coup de pied ne soit donné, à ce que le ballon soit sorti parallèlement aux lignes de touche.

Jeu déloyal.
L’arbitre doit accorder un essai si, d’après lui, un essai aurait été marqué sans aucun doute, s’il n’y avait eu une manœuvre déloyale de la part des adversaires.
Il ne doit pas accorder un essai, mais un « coup de renvoi » si, d’après lui, un essai n’aurait pas été marqué suite à une faute ou un acte déloyal.
Dans le cas d’un essai accordé, le coup de pied de but sera donné de n’importe quel point sur une ligne parallèle à la touche, et passant par l’endroit, ou se trouvait le ballon au moment de l’incorrection de jeu.

14. Tenu en but.
Si, dans le but, le ballon est en possession d’un joueur et que ce joueur soit honnêtement tenu par un adversaire avant qu’il ait touché le sol, on devra faire une mêlée à 5 mètres de la ligne de but, et en face de l’endroit où s’est produit le « tenu ».

15. Coup de renvoi.
Après un essai non transformé en but, ou un « touché », une touche de but ou un « ballon-mort », le ballon sera remis en jeu par un coup de renvoi ; toute l’équipe de celui qui donne le coup de pied doit être derrière le ballon au moment où le coup de pied est donné. En cas d’infraction, l’arbitre ordonnera une mêlée au milieu de la ligne des 22 mètres.

16. En avant.
Dans le cas d’un « en avant » le ballon est rapporté à l’endroit où l’infraction a été faite, et une mêlée a lieu à moins toutefois qu’un arrêt de volée n’ait été marqué et accordé, ou que l’« en avant » ne profite immédiatement à l’adversaire.

17. Le ballon franchit la ligne de but.
Lorsqu’une équipe, envoie de de quelque façon que ce soit le ballon dans son propre but, puis y un touché ou lui fait franchir la ligne de touche, de but ou de ballon mort, le ballon est remis en jeu par une mêlée. L’adversaire peut réclamer la mêlée au point d’où est parti le ballon en dernier lieu, avant de franchir la ligne de but.
Tout joueur a, par contre, le droit de défendre son but, de faire un touché dans son but si le ballon y a été envoyé par un adversaire, et dans ce cas le ballon est remis en jeu par un coup de renvoi donné des 22 mètres.

18. Coups de pied. crocs-en-jambe, costume

Il est interdit, de donner volontairement des coups de pied ou faire des crocs-en-jambe. Toute infraction à ce règlement peut entraîner l’expulsion du joueur.
L’arbitre, du reste, aura plein pouvoir pour interdire telle partie du costume qui lui paraîtrait devoir être dangereuse.

19. Fautes « en but ».
En cas d’infraction aux règles, produites dans le but par l’équipe attaquante, un « touché » sera accordé où l’infraction est commise par la défense, une mêlée est accordée à 5 mètres de la ligne de but, en face de l’endroit où l’infraction a été commise.

20. Infractions non prévues.
S’il y avait infraction à une règle ou s’il se produisait une faute non prévue et qu’il en résultât un avantage pour le côté opposé, l’arbitre ne sifflera pas et laissera le jeu se poursuivre ; mais si cette équipe n’en reçoit aucun avantage, le ballon sera reporté à l’endroit où la faute a été commise et on formera une mêlée à ce point.


Le Rugby au Jeux Olympiques de Paris 1924

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JO Paris 1924 - Rugby

Le Miroir des Sports - 22 mai 1924

LA PREMIÈRE VICTOIRE AMÉRICAINE AUX JEUX DE 1924
PLUS ATHLÉTIQUES, PLUS VOLONTAIRES, MIEUX ENTRAINÉS, LES AMÉRICAINS ONT BATTU LES FRANÇAIS EN FINALE DU TOURNOI OLYMPIQUE DE RUGBY

Devant un public ridiculement hostile, le quinze des États-Unis a gagné par 17 points à 3.

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Le mirroir des Sports
Ed. du 22 mai 1924

Voir sur Gallica

QUINZE magnifiques athlètes américains, pratiquant un rugby sommaire, mais rapide, ont, dimanche, battu, très nettement et très régulièrement, l’équipe de France de rugby. Ils le firent avec autant de netteté que de loyauté, jouant sec, mais sans méchanceté, utilisant simplement, comme ils en avaient le droit, je dirais même le devoir, dans une finale olympique, le poids de toutes leurs extraordinaires qualités athlétiques, auxquelles s’alliaient un désir de vaincre remarquable et des qualités de résistance, de cran et de robustesse, que seul donne un entraînement méthodique et sérieux.
La foule, une fois de plus, fut, hélas ! scandaleusement houleuse et chauvine, sifflant et huant où elle aurait dû applaudir et admirer.
Heureusement pour notre bon renom, les joueurs, qui, eux, sont des sportifs, surent trouver des mots heureux pour excuser le chauvinisme de certains, qui du sport ne connaissent rien.
A. G. [3]


Le jeu et les joueurs

LA foule accourue, dimanche, à Colombes pensait bien applaudir une victoire de la France. Elle venait aussi voir le jeu particulier des Américains.
Dès le début, il fut facile de constater que les Américains n’étaient pas du tout disposés à se laisser faire. Au contraire, ils étaient bien décidés à prendre la direction des opérations, ce qu’ils firent, d’ailleurs, avec beaucoup de décision. Ils jouèrent à vive allure, ce qui est tout à leur honneur.
Dupont commet la faute de passer à Galau, qui manque la balle, et l’ailier Rogers ramasse et marque le premier essai pour l’Amérique.
Le but est manqué. Il y a dix minutes que la partie est commencée.
Les Américains continuent à dominer.

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Equipe de France JO Paris 1924
Match contre la Roumanie le 4 mai 1924
Cyril Rutherford (arbitre de touche), René Araou, Jean Etcheberry, Adolphe Bousquet, Jean Bayard, Raoul Got, Etienne Piquiral, Albert Dupouy, Félix (dit René) Lasserre, André Béhotéguy, Gilbert Gérintès, Clément Dupont, Adolphe Jaureguy, Étienne Bonnes, Aimé Cassayet, Louis Béguet, Jacques Muntz (arbitre).

Le centre Hyland commence à se distinguer, alors que les Français se laissent bousculer et sont très maladroits.
Cependant, Béhotéguy réussit une jolie percée, qu’il complique d’une feinte. Il lance Jauréguy, qui paraît aller à l’essai, mais Doe lui prend le bout du pied, et c’est la chute. Une mauvaise passe de Lasserre redonne la balle à Jauréguy dans de mauvaises conditions.
Jauréguy est arrêté en pleine course. Fortement touché, l’ailier est emporté, il ne reviendra plus.
A la reprise, bien que ne jouant qu’à 14, la France domine et Got va près des buts, mais les Américains s’échappent d’une touche et Patrick marque un essai transformé par Doe. Les attaques adverses furent annihilées. Les Français se défendent en « lions ». Vaysse, qui s’est fait une entorse, est sorti du terrain.
Dès lors, l’Amérique, qui ouvre toujours grâce à Hyland et Scholz, prend l’offensive et Patrick marque.
Après une belle descente de Got, Lasserre et Béguet font une belle trouée, Bioussa joue mal en donnant un long coup de pied à suivre, mais le ballon rebondit en arrière et Galau n’a qu’à toucher pour marquer.
L’Amérique repart et Rogers, puis Mannelli marquent à leur tour, et l’Amérique gagne par 17 points à 3.
La victoire américaine est incontestable.
Les Américains ont joué une partie splendide, d’un rugby peut-être un peu élémentaire, mais où la fougue, le désir de vaincre, une adresse remarquable et des qualités athlétiques incomparables ont suppléé la science classique.
Hyland, Patrick, Scholz sont de très grands joueurs et Doe a sa place d’arrière dans n’importe quelle équipe d’Europe.
Les Français, une fois de plus, ont désillusionné leurs partisans : Béhotéguy fut le meilleur avec Dupont et Piquiral, Cassayet et leurs avants, mais les autres, dans l’ensemble, se montrèrent hésitants.
Il faut insister sur un fait très important : de l’avis même de plusieurs joueurs français, le jeu ne fut pas brutal, mais les Américains étaient plus forts, plus puissants et plus rapides. Ajoutons à cela le manque d’entraînement de nos représentants, fatigués par une dure saison. On s’expliquera ainsi comment, dans les placages, des joueurs insuffisamment ou mal préparés ressentaient des coups qui effleuraient à peine les autres.
R.-W. MAGNANOU. [4]

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Equipe des USA Championne Olympique 1924
Le 11 mai 1924, contre la Roumanie.
De gauche à droite, debout : Goodman, Hyland, Dixon (accroupi), Valentine, Turkington, Clark, Patrick, Williams, Austin, Leyshon (arbitre).
Assis : Mannelli, Graff, Cleaveland, Doe, O’Neil, Devereux, Scholtz.

L’Auto - 20 mai 1924

RUGBY
Des fervents du rugby éprouvèrent dimanche, à Colombes, deux grosses désillusions. La première sera rapidement guérissable ; une défaite s’oublie rapidement, même si elle est aussi complète que le fut celle du tournoi olympique. Car toute défaite, si elle blesse l’amour-propre, comporte, à côté de cela, de nombreux enseignements.

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L’auto
Ed. du 20 mai 1924

Voir sur Gallica

La seconde désillusion sera plus durable ; elle est plus navrante aussi. Jusqu’ici, nous supposions que le public du rugby était autrement sportif que celui de quelques grandes réunions de boxe par exemple, celui qui, notamment, siffla un soir le vaillant Eugène Criqui, qui boxait gratuitement pour les Laboratoires, se cassait la main et risquer de briser pour toujours sa carrière sportive. La foule de Colombes montra un parti-pris et une absence complète de tout esprit sportif. Un vieil international, outré par ces manifestations, me disait à la sortie :
« — On rougit, après de telles manifestations, de se dire Français. »
Heureusement, la foule de dimanche n’était pas la foule habituelle de nos matches de rugby ; c’était une foule mélangée, composée en grosse majorité de ceux qui vont aux Jeux Olympiques comme on va à la foire aux pain d’épices, applaudir les dompteurs Laurent, Marcel ou Amar. Cette foule doit rougir aujourd’hui de son attitude. Chacun des siffleurs de dimanche est sans doute un être calme et raisonnable pris séparément, mais ces êtres, rassemblée, se livrent, poussés par des excitateurs, à des manifestations inadmissibles. Tous les journalistes sportifs, Frantz Reichel en tête, ont réprouvé énergiquement de telles manifestations, qui nous font si mal juger à l’étranger. C’est de la propagande à rebours qu’ont faite dimanche quelques milliers de fanatiques, et si l’on songe que près de 100 journaux étrangers étaient représentés dans la tribune de la presse, on peut prévoir quelle sera l’opinion du monde entier sur la foule française.
Je disais plus haut : désillusion complète. Oui, l’éducation de la grande foule reste à faire presqu’en entier. Il existe sans doute un noyau d’anciens pratiquants qui ont conservé des luttes du Stade un bon esprit sportif, le sens de l’effort, un grand amour des choses justes, de l’impartialité. Celui-là, nous le retrouvons à chacun des matches importants du rugby. Mais lorsque l’événement sort du cadre des manifestations du rugby, lorsque la grande foule accourt vers nous parce que la rencontre constitue l’événement de la journée, alors noue évoluons en plein parti-pris, j’allais dire en pleine stupidité. Cette foule nous échappe pour l’instant, elle échappe à tout contrôle éclairé, et ce n’est que lentement que nous pourrons faire son éducation en lui faisant entendre le langage de la raison.
Pour cette tâche, que les camarades qui traitent d’autres sports nous aident, en fustigeant le parti-pris au lieu d’approuver souvent les excès désolants d’un public chauvin, méchant, injuste.
La foule de dimanche confondit jeu dur et sec, le jeu qui est permis et qui fait partie des atouts d’une équipe aussi athlétique que l’équipe américaine, avec le jeu brutal, méchant, volontairement nuisible. Or, je n’ai pas vu un seul Américain plaquer avec l’intention de blesser son adversaire, ou frapper son rival. Mais il était difficile de demander à ces athlètes, suivant très vite, très musclés, de plaquer autrement que très sec et très dur. Il y a une distinction que la foule n’a pas faite.


Des fervents du football me disent : « Le rugby est à la portée de tous, puisqu’une équipe représentant une nation qui ne joue pas au rugby triomphe d’un team représentant 80.000 joueurs ». Tout doucement. D’abord, plusieurs de ces joueurs pratiquèrent à Anvers en 1920 ; toute l’équipe a retiré, de ses trois matches en Angleterre, des conseils de Davies, de Wakefield, de Baxter et de nombreux arbitres, des enseignements précieux. Arrivée en France, elle a travaillé d’arrache-pied, poussant au maximum ses qualités physiques, et enfin étudiant toutes les méthodes au manège, en répétant jusqu’à cinquante fois. Jamais, depuis les tournées des All Blacks ou des Afrikanders en Europe, une équipe n’a suivi un tel entraînement. C’était donc une équipe « poussée » en face d’une équipe rentrée en « sommeil ». Chez nous, il est impossible de réunir un team pendant un mois pour le faire travailler tous les jours en vue d’un match. On ne put réaliser cet effort qu’au temps du Joinville du colonel Sée [5]. Et puis, si les qualités athlétiques des Américains étaient supérieures, il faut convenir que le rugby américain est une bonne... préparation à notre rugby. Et puis les Américains avaient fait 12.000 kilomètres pour gagner... ils voulaient la victoire à tout prix, tandis que nous... Commencée par une victoire, la saison internationale se clôt sur un désastre inattendu. La saison est finie ; préparons la saison prochaine. En attendant, place au tapis vert. — G. B.

Voir sur le web :

[1Les jeux Olympiques d’été viennent de se dérouler à Paris et le Rugby y est présent avec 3 nations seulement en lice : la France (grande favorite), les USA et la Roumanie. La France prend une dérouillée 17-3 face aux USA au cours d’une finale hyper brutale (autant sur le terrain que dans les tribunes...). A l’issue de cette finale désastreuse, les compétitions de rugby sont exclues des Jeux olympiques.

[2Nom du stade d’Édimbourg ou se jouaient les matchs de l’Écosse lors du Tournoi jusqu’en 1925.

[3André Glarner

[4R.-W. Magnanou fut secrétaire de l’USFSA et père de Christian Magnanou, international de rugby dans les années 20.

[5De 1919 à 1921, le lieutenant-colonel Sée fut directeur de l’École de Joinville (ancêtre du Bataillon de Joinville).


Documents joints

Rapport officiel du Comité Olympique de 1924

3 décembre 2021
Document : PDF
1.9 Mo

Voir en ligne le rapport complet.





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